Voici pourquoi j’ai choisi de devenir médecin

May 23, 2018 Stephanie Smith

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

De militaire à étudiante en médecine : trouver le confort dans l’inconfort pour aider les personnes qui en ont le plus besoin

Je m’en souviens comme si c’était hier.

C’était en janvier 2007. Infirmière au sein des Forces armées canadiennes, j’avais été déployée en Afghanistan. Mon quart de travail tirait à sa fin lorsque j’ai reçu un message m’avisant que deux patients dans un état critique étaient sur le point d’arriver. Ils avaient survécu à l’explosion d’une bombe artisanale. Je me suis empressée de préparer le poste de traumatologie et de prévenir mes coéquipiers. Peu après, les patients ont été amenés au poste sur des brancards poussés par des techniciens médicaux hautement qualifiés. J’ai été saisie par la scène; c’était une fillette minuscule et son père.

J’étais formée pour ce genre d’interventions et j’avais de l’expérience, mais il me manquait des connaissances.

Comme chaque fois qu’un enfant nous était emmené, une vive appréhension s’est emparée de moi. La fillette était inconsciente, le visage inanimé et ensanglanté. Un bandage protégeait la plaie à laquelle elle allait inévitablement succomber. Elle était si jolie et innocente. Son père, étendu sur le lit voisin, était grièvement blessé et incapable de la réconforter. Malgré tous nos efforts, nous n’avons pas réussi à la sauver. Lorsque je l’ai sentie partir, j’ai été submergée de tristesse. Une question me hantait : aurais-je pu faire quelque chose de plus?

À cet instant-là, j’aurais voulu pouvoir arrêter le temps. Même si elle était incroyablement bien entraînée, notre équipe n’a rien pu faire compte tenu de la gravité des blessures. Comme infirmière, j’avais souvent été appelée jusque-là à prendre soin de patients atteints de graves traumatismes, tant chez moi qu’à l’étranger. J’étais formée pour ce genre d’interventions et j’avais de l’expérience, mais il me manquait des connaissances.

C’est après cet épisode que j’ai commencé sérieusement à envisager de devenir médecin.

Compte tenu du milieu d’où je viens, il n’y a rien d’étonnant à ce que j’aie décidé de devenir infirmière militaire dès le secondaire.

Tout comme leur mère l’a été, ma mère et ma tante sont infirmières. D’ailleurs, ma mère a travaillé en santé communautaire, aux soins intensifs et aux urgences. Toute petite, j’admirais sa compassion, sa détermination et son dévouement, et je voulais devenir exactement comme elle.

Bien que j’aie hérité de la vocation d’infirmière du côté maternel, mon engouement pour la vie militaire me vient du côté paternel. Militaire pendant la Seconde Guerre mondiale, mon grand-père a rencontré ma mamie lors de la libération de la Hollande par les troupes canadiennes. Mon père, pour sa part, a connu une brillante carrière comme officier à la tête d’unités d’infanterie et a été affecté à de nombreuses missions, notamment à mes côtés à mon premier déploiement en Afghanistan. Je tiens d’eux ma confiance, ma détermination et ma passion pour servir mon pays.

Combiner ces deux héritages et m’engager dans les Forces armées canadiennes comme infirmière ne pouvaient donc qu’aller de soi.

Après avoir obtenu mon baccalauréat en soins infirmiers de l’Université du Nouveau‑Brunswick, j’ai été affectée à Gagetown, puis à Ottawa, à Borden et à Petawawa et j’ai aussi été déployée en Afghanistan et aux Philippines.

Au cours des dix-huit dernières années, j’ai fait partie de nombreuses équipes aux missions variées, j’ai été mise en présence de différents styles de leadership et je me suis trouvée plongée dans d’innombrables situations de stress où j’ai été obligée de me remettre en question et de repousser mes limites. C’est ainsi que j’ai appris à trouver le confort dans l’inconfort.

Aussi gratifiante qu’ait été ma carrière d’infirmière dans l’armée, j’ai toujours eu l’impression qu’il me manquait quelque chose.

Comme infirmière, je dépendais des médecins, seuls à pouvoir transmettre la majeure partie des connaissances cliniques, diriger les équipes et prendre les décisions vitales.

Les Forces armées canadiennes ne lésinent apparemment pas sur le soutien aux personnes qui veulent progresser sur le plan professionnel. J’ai donc obtenu ma qualification d’instructeur en technique spécialisée de réanimation cardiorespiratoire en plus de suivre des cours spécialisés en soins infirmiers intensifs et en traumatologie, des cours de simulation médicale ainsi que des cours de formation internationale en traumatologie (International Trauma Life Support), pour ne nommer que ceux-là, afin de parfaire mes connaissances et de développer mes compétences comme formatrice.

Pendant mon service au Centre d’instruction des Services de santé des Forces canadiennes, j’ai pu exercer mes compétences de leader en formant des médecins militaires, des infirmiers, des adjoints au médecin et des techniciens médicaux dans divers domaines, notamment la gestion des catastrophes, la traumatologie, les examens physiques, les compétences cliniques et la pharmacologie.

Délaisser le métier d’infirmière pour celui de médecin n’était certainement pas une décision que j’allais prendre à la légère.

À titre d’officier commandant plus de cent militaires, j’ai été en mesure d’exercer mon esprit critique pour résoudre des problèmes et prendre des décisions qui allaient se répercuter directement sur la vie de mes soldats.

Des expériences comme celles-là ont certes contribué à apaiser mon désir de m’améliorer; toutefois, je sentais qu’il y avait un seuil que je n’arrivais pas à dépasser. Il m’a semblé que le meilleur moyen d’assouvir ce désir tout en gagnant en indépendance comme clinicienne était de devenir médecin.

Délaisser le métier d’infirmière pour celui de médecin n’était certainement pas une décision que j’allais prendre à la légère.

Puis, pendant ma seconde mission comme volontaire dans le cadre du projet Medishare à Haïti, j’ai parlé de mon rêve à une des médecins bénévoles là-bas. Elle m’a donné le meilleur conseil à vie : « Si tu es incapable de t’imaginer ailleurs qu’en médecine, alors vas-y! »

Voilà qui m’a donné matière à réflexion pendant un bon moment.

Après des années à voyager de par le monde et à constater le rôle crucial que jouent les médecins dans la vie des gens, particulièrement au sein des populations vulnérables, j’ai commencé à voir plus clair dans mon avenir.

J’ai travaillé aux côtés de nombreux médecins et été fascinée par leur capacité d’évaluer et de traiter de façon autonome les patients avec tant d’assurance. Ils répondaient avec empressement à toutes mes questions et m’encourageaient à suivre ma vocation.

© The Toronto Star

J’ai l’impression aujourd’hui que chaque médecin que j’ai côtoyé et que chaque patient que j’ai soigné, du Canada aux Philippines en passant par l’Afghanistan et Haïti, m’ont aidée à réfléchir au conseil que m’avait donné ma collègue du projet Medishare.

En fait, j’étais incapable de m’imaginer ailleurs qu’en médecine.

Alors, où en suis-je dans mon cheminement?

J’étudie présentement à l’École de médecine Cumming de l’Université de Calgary. J’aspire à devenir médecin militaire puisque, à mon avis, il s’agit d’une des carrières les plus trépidantes et gratifiantes que l’armée ait à offrir. La pratique de la médecine procure quotidiennement un sentiment d’accomplissement unique et stimulant. Chaque jour, je suis animée par l’expression d’immense gratitude que j’ai lue sur le visage de mes patients.

Mais surtout, je suis inspirée par tous les professionnels des soins de santé avec qui j’ai eu la chance de travailler au cours des dix-huit dernières années pour leur humilité, leur amabilité et leur savoir-faire, et je continue d’avoir envie de me surpasser. J’ai envie d’être ce médecin sur qui les collègues pourront compter pour prodiguer d’excellents soins, tant dans les hôpitaux du Canada qu’en déploiement à l’étranger.

 

Stephanie Smith en est à sa troisième année à la Faculté de médecine Cumming. Auparavant, elle a servi durant 12 ans dans les Forces armées canadiennes comme infirmière aux soins intensifs. Elle a participé à trois déploiements : deux à Kandahar (Afghanistan), en tant que membre de l’unité médicale multinationale, et un aux Philipines, dans l’Équipe d’intervention en cas de catastrophe constituée à la suite du typhon Haiyan. Mme Smith occupe actuellement les postes de vice-présidente aux affaires étudiantes et de vice-présidente exécutive à la Fédération des étudiants et des étudiantes en médecine du Canada. Elle défend les intérêts de ses pairs et de ses patients avec ferveur, tout en appuyant ardemment la formation sur la résilience.

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