Soccer : lorsque le rêve devient réalité

July 11, 2018 Dr Ali Ibrahim

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

Parcours d’un médecin du Caire jusqu’à Équipe Canada

Ayant grandi dans les banlieues du Caire en Égypte, le soccer a toujours fait partie intégrante de ma vie. Les enfants de mon quartier jouaient au soccer ou regardaient des matchs de soccer. Nous en mangions presque : tout passait par le soccer chaque minute de chaque jour. Dire que ce sport a été mon meilleur ami d’enfance est un euphémisme. Peu importe où j’étais ou ce que je faisais, le soccer était mon seul véritable point d’ancrage dans la vie.

Cette réalité a pris un tour particulier lorsque ma famille a émigré au Canada au milieu des années 1990. À mon arrivée, grâce à ma passion pour « le beau sport », j’ai facilement surmonté la barrière linguistique. J’ai ensuite grandi, je me suis fait des amis et j’ai forgé mon identité en tant que Canadien en m’inspirant en grande partie de mon vif désir d’assurer la sécurité future de mes parents qui avaient fait tant de sacrifices pour que je bénéficie du maximum de possibilités. En plus de mes ambitions sportives, j’avais aussi celle de réussir mes études.

J’ai eu la chance pendant un certain temps de ne pas avoir à faire de compromis entre l’une et l’autre. Toutefois, à mon admission à l’université, ma réalité a changé et j’ai dû choisir. Mes études étant très exigeantes, j’ai été forcé de mettre de côté un peu le soccer. Il va sans dire que je ne l’ai pas fait de gaieté de cœur. J’ai aussi fait mon possible pour demeurer engagé sur le plan sportif. J’ai joué à l’université dans des parties compétitives ou amicales. J’ai joué l’été dans l’équipe de ma province, j’ai été arbitre et j’ai même été entraîneur dans des ligues de jeunes, etc.

Après cette période de dur labeur, j’ai finalement atteint mon objectif de devenir médecin. Ma détermination portait ses fruits et je pouvais exercer la médecine. Mes parents étaient fiers et je l’étais aussi. Je continuais de jouer au soccer dans des ligues locales et avec des collègues de l’hôpital, mais pas aussi sérieusement que dans le passé.

Jusqu’à ce qu’un collègue résident me mentionne qu’il allait jouer prochainement dans un tournoi à Barcelone au sein d’une équipe de médecins canadiens. Il va sans dire que la présence des mots « Barcelone » et « soccer » dans la même phrase suffirait à mettre en transe tout enthousiaste du ballon rond. Je pouvais à peine me contenir. « Je dois être dans l’équipe! », lui ai-je dit.

« Excellent », m’a-t-il répondu « parce que je ne pourrai pas y aller et j’espérais que tu prennes ma place. »

J’ai rapidement communiqué avec Paul Dhillon, organisateur de l’équipe, et j’ai réussi à obtenir un poste au sein de la première canadienne à participer à la Coupe du monde de soccer des médecins. Après une longue absence, je renouais finalement avec la compétition et je pouvais enfin vivre en parallèle ma passion pour la médecine, mon amour du sport et ma fierté pour mon pays. La suite des choses a largement dépassé les strictes limites du sport.

L’équipe canadienne est hétéroclite. Elle est composée de joueurs issus d’un large éventail de spécialités médicales, de lieux de résidence, de groupes d’âge, d’origines ethniques, etc. Pourtant, la solidarité et la camaraderie y sont uniques. Je me suis fait au sein de cette équipe des contacts personnels et professionnels que je garderai pour le reste de ma vie. Et c’est sans compter les nombreux souvenirs. Je me souviens d’un soir d’été, pendant notre deuxième campagne, dans les montagnes entourant Leogang en Autriche. J’étais sur le point de me marier et l’équipe s’était réunie pour souligner la chose en m’offrant un « enterrement de vie de garçon ». J’ai été inondé de récits de leurs propres mariages, et de conseils sur la vie matrimoniale, l’éducation des enfants, la carrière et l’équilibre à maintenir.

Je me souviens d’un autre soir où j’ai reçu un appel d’un coéquipier, plusieurs mois après le tournoi, me disant de m’attendre à recevoir un appel d’un directeur de division à la recherche d’un candidat dans ma spécialité (au sein de laquelle la concurrence est très vive). J’appartenais à l’équipe depuis à peine un an, mais le lien avec ce coéquipier était déjà très solide, car il avait été tissé dans le feu de l’action et de la compétition. Ces médecins sont pour moi à la fois des collègues, des amis et des mentors, une véritable famille. À ce jour, je sais que je peux encore appeler l’un ou l’autre pour obtenir des conseils professionnels ou personnels. Cette expérience m’a inspiré à donner au suivant en tissant à mon tour des liens avec les membres plus jeunes de l’équipe afin de les aider à la mesure de mes capacités, en facilitant les contacts avec eux et leur faisant bénéficier de mon expérience.

Au moment où nous nous préparons pour notre prochain tournoi à Prague, le souvenir du petit garçon que j’étais dans les rues du Caire me revient. Ce garçon défend aujourd’hui les couleurs du Canada en acceptant les passes d’un groupe de médecins dans une compétition qui regroupe des équipes de plus de 20 pays.  C’est pour moi un honneur et un privilège d’exercer la médecine tout en vivant ma passion pour le soccer. Et je tiens à transmettre ce privilège à une nouvelle génération de médecins à l’aube de leur carrière.

Voilà pourquoi les autres joueurs et moi-même organisons des activités de rayonnement dans les facultés de médecine, les programmes universitaires de premier cycle, voire dans les écoles secondaires de nos collectivités respectives. Notre message est simple : vous pouvez travailler sans relâche et atteindre vos objectifs scolaires et bâtir une carrière gratifiante tout en demeurant des êtres humains complets.

Jouer au soccer ne fait pas de nous de moins bons médecins. Bien au contraire, le soccer nous rend meilleurs. J’en suis la preuve vivante! Cette possibilité qui m’a été offerte de représenter le Canada en tant que médecin et en tant que joueur de soccer a enrichi ma vie. Allez les rouges!

 

Ali Ibrahim est un partisan invétéré des Raptors et des Maple Leafs. Il est interniste général et néphrologue, ce qui en fait le « nerd » absolu. Il a récemment commencé à se rendre au travail en vélo et il en est un peu trop fier. Il est très excité que son pays natal, l’Égypte, ait réussi à se qualifier pour la Coupe du monde de la FIFA en 2018 et il sera pratiquement impossible de lui parler pendant toute la durée du tournoi.

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