Savoir dire non

June 26, 2018 Dre Tatiana Jevremovic

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

Leçon tirée d’une possibilité de carrière manquée

Trois mois après la naissance de ma première fille, le poste de conseiller médical en chef à Patinage Canada devenait vacant. C’était pour moi une possibilité de carrière inespérée. Je travaillais déjà pour Patinage Canada depuis sept ans, et j’avais accompagné les équipes juniors et seniors à un certain nombre d’événements internationaux. Je me réjouissais à l’idée d’assumer le premier rôle. Puis, à la lecture des premières lignes de la description de poste, je suis descendue de mon nuage : j’allais devoir me rendre à l’étranger plusieurs fois par année pour assister à des compétitions. Maman depuis peu, je n’étais plus prête à voyager.

Je n’avais pas l’habitude de dire non et encore moins de refuser une telle chance. Pendant mes études en médecine et ma résidence, je fonçais toujours tête baissée, et je voulais prouver à mon équipe que ma contribution était précieuse. Je pouvais rester après ma garde pour aider à passer à travers les consultations, préparer les présentations de tournée de dernière minute ou voir d’autres patients : peu importe la tâche, il n’y avait rien à mon épreuve. J’avais le temps et l’énergie, et j’adorais ça!

Dans mes premières années d’exercice, j’ai continué au même rythme. J’avais l’ardeur et l’entrain exigés, mais surtout du temps libre. Je n’avais jamais assez de projets, que je menais immanquablement à terme. J’avais créé des attentes élevées par rapport à ce que j’étais capable de prendre en charge, et comme conséquence, les gens m’en confiaient encore plus.

Quand j’ai commencé à fonder une famille, toutefois, mes priorités ont changé, et je me suis retrouvée en terrain inconnu. Je n’avais plus de temps libre, et je me demandais comment j’allais m’y prendre pour tout faire.

Puis, en le temps de le dire, Patinage Canada affichait le poste, et j’ai dû faire face à ma nouvelle réalité.

J’étais contrariée et effrayée. Mon cœur et ma tête étaient en total désaccord. Mon côté professionnel ne voulait pas renoncer à tout ce que j’avais durement accompli jusque‑là, mais mon côté maternel me disait un non catégorique. J’ai envisagé tous les scénarios imaginables et inimaginables, mais au fond de moi-même, je savais que ce serait trop. Ce n’était simplement pas la bonne formule pour moi.

J’ai fait part de mes hésitations à la personne qui quittait le poste, qui m’a encouragée à aller passer l’entrevue quand même. À l’entrevue, j’ai indiqué d’entrée de jeu que, à mon grand regret, je n’allais pas être en mesure de satisfaire à la première exigence du poste. « Je viens d’avoir un enfant, ai-je ajouté. Ma fille est ma priorité. »

Les représentants de Patinage Canada ont eu la grande bonté de continuer l’entrevue. Mais c’était terminé pour moi, je le savais. J’avais manqué ma chance.

Cependant, la suite des événements m’a permis de tirer une leçon que j’aimerais faire partager.

En effet, quelques semaines plus tard, Patinage Canada me relançait pour me faire une offre. La direction avait décidé de diviser le poste en deux et me proposait de devenir la conseillère médicale en chef à l’échelle nationale. Mon rôle consisterait à superviser les soins médicaux dans le cadre des événements de patinage tant nationaux qu’internationaux organisés en sol canadien. Je pourrais remplir ce rôle sans être forcée de voyager. C’était donc le poste idéal pour moi.

J’ai alors pris conscience du fait que, en étant honnête avec moi-même (et avec les autres) concernant ma capacité d’engagement, je pouvais répondre pleinement aux attentes sans avoir tout accepté. J’avais prouvé ma véritable valeur à l’équipe.

Il n’y a aucun avantage à prendre des engagements impossibles à tenir. Sinon, c’est notre travail, notre réputation, mais pire encore, notre bonheur, qui en souffrent. Il faut prendre le temps d’établir ses priorités dans la vie et d’évaluer le temps que chaque engagement demande. Les choses ne fonctionnent pas toujours du premier coup. Cependant, tant que nous travaillerons avec ardeur et compétence, il y aura toujours de belles occasions qui se présenteront à nous.

Où en suis-je maintenant? Eh bien, Patinage Canada a fini par supprimer de la description de poste originale de conseiller médical en chef l’exigence relative aux déplacements et m’a offert le poste.

Cette fois, j’ai su dire oui.

 

La Dre Tatiana Jevremovic est une médecin de première ligne spécialisée en médecine du sport et de l’exercice établie à London, en Ontario. Elle est aussi professeure agrégée au département de médecine familiale de l’École de médecine et de dentisterie Schulich. La Dre Jevremovic a offert ses services à des événements sportifs de toutes envergures. Elle a également siégé à de nombreux comités médicaux et conseils d’administration; elle vient d’ailleurs de terminer son mandat de présidente du conseil d’administration de l’Académie canadienne de la médecine du sport et de l’exercice (ACMSE). Si vous lui posez la question, elle vous dira que ses deux filles sont de loin le plus grand bonheur de sa vie, et que sa plus grande réalisation sera d’en faire des femmes confiantes, intelligentes et heureuses qui visent les plus hauts sommets.

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