Ma formation à l’étranger

May 16, 2019 Larissa Manojlovich

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

Trouver sa place en médecine à l’autre bout du monde

Le corps humain m’a toujours fascinée : son fonctionnement, ses failles et les remèdes à ces failles. J’ai donc toujours su que je voulais travailler dans un domaine lié aux sciences de la vie. C’est ainsi que je me suis inscrite en sciences de la vie à l’Université Queen’s en 2008. J’ai souvent pensé devenir médecin, mais ce n’est que pendant mes études de premier cycle que j’ai commencé à réaliser à quel point ce serait difficile.

Ce qui peut sembler un peu naïf, car tout le monde sait que c’est difficile. Cependant, peu de gens, hormis peut-être les médecins eux-mêmes, savent que ce choix de carrière exige des efforts constants. Pendant mes études de premier cycle, j’ai bien vu que l’épreuve d’admission aux écoles de médecine (MCAT) était difficile, qu’il fallait une très bonne moyenne pondérée cumulative (MPC) et que la seule préparation des demandes d’admission était excessivement chronophage, sans oublier qu’il fallait une volonté de fer pour passer au travers.

Beaucoup d’étudiants inscrits à mon programme à l’Université Queen’s voulaient devenir médecins. D’autres envisageaient une autre profession dans le domaine de la santé, par exemple la pharmacie, l’optométrie ou la dentisterie. Toutefois, la plupart de ceux qui voulaient aller en médecine ont fait leur MCAT durant l’été qui a suivi la deuxième année. Pas moi. À vrai dire, je n’étais tout simplement pas prête, et je n’avais pas envie de sacrifier mon été pour quelque chose que je n’étais même pas certaine de vouloir faire. Pourquoi? En faisant l’examen et en m’engageant dans cette voie, je n’allais plus pouvoir reculer. Je n’allais exister que pour la médecine pendant quelques années, et plus encore, et il était encore trop tôt. J’avais trop de rêves à réaliser avant de prendre un tel engagement : voyager, vivre ailleurs, explorer d’autres avenues.

Alors c’est ce que j’ai fait. J’ai remis à plus tard. J’ai fait une pause après l’obtention de mon diplôme de premier cycle pour aller vivre à l’étranger, découvrir le monde et connaître de nouvelles expériences. C’est en 2013 que mon aventure outre-mer a commencé : je suis partie faire une maîtrise en anatomie du corps humain à l’Université d’Édimbourg, en Écosse. J’y suis ensuite restée pendant deux ans environ à travailler pour le Festival international des sciences d’Édimbourg. De là, j’ai pu, grâce à ce travail, voyager partout en Europe, au Moyen-Orient et dans d’autres pays d’Asie. Ce séjour à l’étranger, qui m’a permis de voyager et de m’imprégner d’autres cultures, a été tout simplement fabuleux.

En 2016, j’ai finalement décidé d’entreprendre des démarches pour entrer en médecine. Cependant, et je le savais déjà, le processus d’admission au Canada est loin d’être facile. Il faut du temps, de l’énergie et, généralement, quelques tentatives. Cependant, j’étais prête : prête à m’investir, prête à m’engager dans ce cheminement de carrière. J’ai donc plongé : j’ai fait le MCAT à Londres (oui, cet examen peut se faire à distance!), et j’avais la certitude que mes résultats me permettraient de décrocher quelques entrevues dans des universités canadiennes. Eh bien, j’avais tort! Plus tard la même année, je suis allée m’installer à la Dominique, où j’ai donné des cours d’anatomie dans une faculté de médecine américaine. C’est là que j’ai appris que je n’avais même été retenue pour une entrevue par aucune des quatre universités canadiennes où j’avais présenté une demande.

J’étais très découragée. J’avais donc fait une croix sur la médecine et décidé de profiter de ma vie dans les Caraïbes (c’est aussi paradisiaque que ça en a l’air!). J’avais envisagé d'étudier ailleurs qu’au Canada, mais je trouvais que c’était peu réaliste, en partie parce que les droits de scolarité pour les étudiants étrangers sont exorbitants (encore plus que les droits normaux, c’est tout dire…).

Toutefois, je n’avais rien à perdre, et j’adorais vivre ailleurs. Après quelques recherches, j’ai donc découvert qu’en retournant en Écosse et en y séjournant encore quelque temps avant d’entamer des études en médecine, je serais considérée comme une étudiante de l’Union européenne (UE), et donc que j’allais payer des droits de scolarité en conséquence (moins élevés même qu’au Canada).

J’ai soumis une demande auprès d’une faculté de médecine en Irlande (et j’ai été admise!), et c’est là que j’étudie présentement. En Irlande, les programmes de médecine sont conçus de sorte que les étudiants canadiens puissent rentrer au pays pour y entreprendre leur carrière ou encore offrent aux étudiants la chance inouïe d’exercer partout ailleurs en Europe. En effet, un médecin diplômé en UE peut pratiquer dans n’importe quel pays là-bas sans devoir subir d’examen supplémentaire pour voir sa formation reconnue. (Reste à savoir ce qui se passera pour le Royaume-Uni après le Brexit!) Je suis emballée à l’idée de pouvoir aller travailler en Espagne, en France, en Allemagne ou n’importe où aux États-Unis. J’ai déjà eu la grande chance de travailler dans différents pays et cultures, et jamais je n’aurais cru connaître des expériences aussi enrichissantes.

Le fait de vivre dans un autre pays, même s’il ressemble de prime abord au nôtre, offre un éclairage exceptionnel sur la façon dont la médecine s’exerce et dont les soins de santé sont dispensés ailleurs. Je constate déjà à quel point les protocoles et les outils de diagnostic adoptés dans diverses parties du monde diffèrent, et non seulement en Europe et Amérique du Nord, où ils se ressemblent généralement. Dans les pays comme la Dominique, où les ressources sont assez limitées, les médecins doivent souvent sortir des sentiers battus pour traiter des affections qui, dans la plupart des pays développés, sont très courantes et faciles à soigner. En travaillant dans ces conditions variées aux côtés de médecins de tous les horizons, j’ai appris à résoudre les problèmes en faisant preuve de beaucoup plus de souplesse et de créativité.

Je ne me fais pas d’illusions; de retour au Canada, je n’aurai pas plus de facilité à décrocher un emploi parce que je suis diplômée internationale en médecine. D’ailleurs, c’est déjà difficile pour tous les diplômés canadiens. Cependant, pour moi, le fait de détenir un diplôme d’une université européenne présente des avantages qui compensent les obstacles que j’aurai à surmonter. Les expériences d’études et de travail à l’étranger se répercutent bien au-delà de la sphère médicale; elles nous ouvrent les yeux sur d’autres valeurs et cultures, et elles nous permettent d’apprendre de gens qu’il n’aurait pas été possible de rencontrer autrement, des gens qui ont grandi dans un monde bien différent du nôtre. Dans ces conditions, on ne peut que devenir un meilleur médecin... et une meilleure personne!

 

Née et élevée à Burlington, en Ontario, au Canada, j’étais une enfant ouverte à toutes les expériences. J’ai grandi dans une famille de musiciens et j’ai appris dès le plus jeune âge à jouer du piano (ma mère est un formidable professeur de piano!), une maîtrise qui me procure encore beaucoup de plaisir aujourd’hui. J’ai aussi appris à jouer de la flûte et du piccolo, et j’ai même été à l’école secondaire membre d’une fanfare, le Burlington Teen Tour Band, ce qui, je le sais, est un peu ringard! Le sport a toujours occupé une grande place dans ma vie. À l’âge de 5 ans, mes parents m’avaient inscrit à des cours de ballet jazz, ce qui a rapidement confirmé que je n’avais pas la « grâce innée » d’une grande danseuse. En revanche, j’adorais jouer au soccer et au baseball au parc avec mon père et mes deux frères. Je suis donc rapidement passée au soccer, au volleyball et, plus particulièrement, au basketball, un sport que j’ai pratiqué tout au long de mes études.
 
J’ai ensuite déménagé à Kingston, en Ontario, en 2008 pour faire mes études universitaires de premier cycle à l’Université Queen. Je passais mes étés dans un camp situé au nord d’Orillia appelé le Youth Leadership Camps Canada. Je me serais sans doute passée des piqûres d’insectes, mais je garde un souvenir impérissable de toutes ces journées à faire du canot et à écumer les parcours de cordes suspendues, et qui se terminaient par des feux de camp mémorables. En 2013, j’ai déménagé en Écosse. Depuis, je vis à l’étranger. Si j’ai surtout résidé en Écosse, j’ai aussi passé une année à la Dominique et j’habite actuellement en Irlande où j’étudie la médecine. J’adore la randonnée en montagne et chaque fois que j’en ai l’occasion, je me lance à l’assaut des sentiers. J’adore cuisiner. Je me suis fait une spécialité des currys thaïlandais et indiens et je refuse rarement une bonne bière bien houblonnée. Finalement, chaque fois que je m’installe quelque part pour un certain temps, vous pouvez avoir la certitude qu’il y aura à proximité quelques toutous pour me tenir compagnie.

A propos de l'auteur

Larissa Manojlovich

Larissa Manojlovich
Collaboratrice

Plus de contenu de Larissa Manojlovich

Aucun article précédent

Article suivant
Suppléance 101 : Haneen Abu-Remaileh et la genèse de la ressource par excellence en suppléance
Suppléance 101 : Haneen Abu-Remaileh et la genèse de la ressource par excellence en suppléance

De la vision d’une médecin à la création d’une solution pour assurer la liaison entre cliniques et médecins