Le soccer au service de la solidarité mondiale

August 23, 2018 Dr Danny Jones

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

De l’amélioration de la santé et du bien-être aux rapprochements culturels, le soccer peut être un outil de progrès social

Le frisson qui vous parcourt l’échine lorsque, debout sur un terrain de soccer vêtu du maillot de l’équipe canadienne, vous entendez les premières notes de l’hymne national canadien est un sentiment indescriptible. J’ai eu le privilège de ressentir ce frisson et ce fut le point culminant d’un long périple qui m’a conduit du Québec au Kenya en passant par l’Inde, la Mongolie et le Bangladesh jusqu’à mon retour au Canada où je suis actuellement chirurgien résident de quatrième année et donc très près de mon objectif de devenir un chirurgien généraliste accompli, rigoureux, compétent et novateur.

Tout a commencé lorsque, âgé de trois ans, mon frère frappait des ballons juste au-dessus de ma tête dans l’espoir d’améliorer la précision de ses tirs… J’ai rapidement constaté que j’étais capable d’arrêter ses tirs et j’ai commencé à jouer au soccer dans la petite ville de Chelsea, au Québec. Ensuite, j’ai joué partout en Ontario et au Québec avec l’équipe AAA du club de soccer St Anthony. J’ai ensuite été invité à me joindre à l’équipe canadienne junior au Mexique. À cette période de ma vie, jouer avec l’équipe nationale constituait la concrétisation de tous mes espoirs : appartenir à une équipe, m’entraîner avec rigueur, me concentrer sur ma forme physique et développer mes habiletés de joueur. Riche de cette expérience, j’ai ensuite obtenu un diplôme de kinésiologie de l’Université McGill, où j’ai par ailleurs joué avec l’équipe des Redmen pendant quatre saisons, les deux dernières à titre de capitaine.

Au fil des ans, une autre passion était cependant née en moi. Je voulais aussi comprendre la physiologie, la biochimie et la psychologie; connaître les effets du conditionnement physique sur la santé, le bien-être et les risques de maladie. Ayant moi-même subi de nombreuses blessures sans gravité, je savais qu’une activité physique intense pouvait être à la fois bénéfique et nocive. Le sport m’avait toutefois apporté beaucoup sur les plans physique, émotif et spirituel. Comment pouvais-je mieux lier ces éléments diversifiés et très complexes? Toutes ces questions m’ont amené à vouloir étudier la médecine.

Mais j’ai rapidement découvert que la transition vers les études en médecine n’était pas si simple. Après trois demandes d’admission refusées, je suis parti pour le Kenya où j’ai travaillé pendant un an. Ma première journée dans ce pays m’a laissé un souvenir indélébile, celui de deux jeunes garçons qui jouaient au soccer dans la rue et qui utilisaient pour ballon la sandale de l’un d’eux. Je n’oublierai jamais cette scène, car elle m’a démontré qu’il suffit parfois d’un geste aussi simple que frapper un objet, n’importe quel objet, avec son pied pour rapprocher les gens. Le soccer est le sport populaire par excellence. Tout le monde peut y jouer avec un équipement minimal!

J’ai ensuite séjourné au Bangladesh où j’ai terminé ma maîtrise en santé publique. Non seulement ai-je eu la chance de jouer au soccer avec l’équipe de l’université locale, mais… j’ai aussi attrapé le choléra. Heureusement, j’étudiais à ce moment au Centre national de traitement de la diarrhée de l’Université BRAC, l’endroit même où a été inventé le soluté de réhydratation orale qui permet de soigner à domicile les patients atteints du choléra. J’ai donc reçu d’excellents soins. Ma guérison a été rapide et m’a rappelé les privilèges dont je bénéficie dans ce monde. Malgré tout, le choléra a été une expérience terrifiante. Cet épisode m’a aussi permis de comprendre concrètement comment meurent la plupart des gens dans les pays en développement : hypovolémie et sepsie provoquées par une maladie diarrhéique et pneumonie. Le contraste avec nos problèmes de santé est frappant. La plus grande partie de la population mondiale souffre de malnutrition tandis que nous, en Occident, sommes de plus en plus suralimentés.

L’importance de la santé et les effets de l’exercice physique, dans mon cas jouer au soccer, sur le bien-être ont pris de plus en plus d’importance pour moi. À mon retour au Canada, j’ai entendu un reportage à la radio de CBC à propos d’une équipe de soccer organisée pour des sans‑abri. J’ai trouvé l’idée brillante et j’ai immédiatement communiqué avec les femmes qui avaient été interviewées. Elles étaient à la recherche d’un entraîneur et je me suis présenté à elles comme étant « Danny Jones, votre nouvel entraîneur »!

Le jour même, nous avons fait la tournée des refuges pour sans-abri d’Ottawa un ballon dans une main et nos affiches d’information dans l’autre. Nous avons réussi à convaincre une poignée de sans-abris (hommes et femmes) à se joindre à nous. Mais le mot s’est rapidement passé et bientôt, plus de 25 joueuses et joueurs participaient régulièrement à nos pratiques et à nos parties. Nous avons finalement gagné le titre de notre division. Mais en réalité, nous avions gagné beaucoup plus qu’un simple championnat. La discipline acquise par les membres de notre équipe, leur meilleure forme physique et encore plus important, le sentiment positif développé grâce à leur appartenance à un groupe constituent de véritables accomplissements!

Le soccer a un effet presque tribal sur la société. Il crée une solidarité et une camaraderie qui unissent les gens sans égard à leur couleur, leur classe sociale et leurs croyances. Pour s’engager pleinement, il faut de nombreuses aptitudes de base : discipline, gestion du stress, contrôle des émotions et une condition physique générale et un état de bien-être satisfaisants. Chez de nombreux sans-abri, malheureusement, ces aptitudes de base font défaut. Ils se sentent souvent exclus de la société. Il est à la fois étonnant et gratifiant de constater à quel point le sport peut contribuer à combler ces lacunes physiques, sociales et émotives.

J’ai finalement réussi à me faire admettre en médecine. J’ai accepté avec reconnaissance une place dans la cohorte 2015 de l’Université McGill où je n’ai pas tardé à découvrir ma véritable passion : la chirurgie générale. L’intensité dans une salle d’opération ressemble d’une certaine manière à celle d’une finale dans un tournoi de soccer : les enjeux sont élevés et pour connaître du succès, il est essentiel de rester calme et posé et de faire preuve d’une précision… chirurgicale. J’ai rapidement constaté que j’aimais particulièrement les interventions chirurgicales de 8 ou 9 heures, celles où le temps semble s’arrêter et où on atteint un état de grâce qui permet d’évacuer tous les soucis personnels. Le seul souci est le patient et la procédure. Cet état d’esprit a eu en moi une grande résonance, tout comme le soccer.

Heureusement pour moi, j’ai réussi à poursuivre ma carrière de joueur de soccer malgré les rigueurs de la résidence en chirurgie. Ma place au sein de l’équipe qui représente le Canada à la Coupe du monde des médecins est un autre rêve devenu réalité pour moi. La Coupe a eu lieu cette année à Prague et j’y ai tissé des liens avec des médecins et chirurgiens de partout dans le monde. En tant que membre de l’équipe canadienne, j’ai eu la chance de jouer contre la Catalogne, les États-Unis, le Brésil, la Corée du Sud, l’Irlande et l’Autriche. Les matchs étaient intenses, mais joués dans les règles. L’esprit de camaraderie qui régnait entre les joueurs des différentes équipes de tous les pays était incroyable. Malgré la vive compétition, l’esprit de collaboration, l’amitié et l’esprit sportif ont prévalu, un comportement qui pourrait servir d’inspiration à nos politiciens et dirigeants.

Au fil des expériences qui ont marqué ma vie, j’ai plus d’une fois constaté que le soccer, et le sport en général, sont un langage universel. Ils rapprochent les gens sans égard à leur âge, à leur ethnie et à leur culture. En fait, je pense que le soccer pourrait nous rapprocher, dans ce monde souvent chaotique et divisé. J’espère continuer de trouver des moyens de marier mes deux plus grandes passions, le soccer et la médecine, deux forces compatibles ayant le potentiel de créer beaucoup de bien.

 

DJ est un résident de 4e année en chirurgie générale à Toronto. Il a grandi à Chelsea, au Québec, avec ses quatre frères et sœurs. Il a toujours été passionné par le soccer, passion qui se poursuit maintenant avec l’équipe de soccer des médecins canadiens. Il a travaillé dans le secteur de la santé publique et espère se servir de cette expérience et son travail de chirurgien la chirurgie au profit de la santé mondiale.

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