Le curriculum caché de la médecine

April 11, 2019 Reza Fakhraei

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

À titre expérimental (et parce que nous l’adorons), nous publions dans onboardMD un article de notre ami Reza Fakhraei, tiré de son blogue Med Student Gunner. Reza étudie actuellement en première année de médecine à l’Université de Toronto. Au début, il tenait un blogue sur son parcours comme étudiant en médecine pour « donner des conseils complets et sans détour à quiconque envisageait d’entrer en faculté de médecine ». Depuis, il a diversifié son propos et parle de plus en plus de la réalité des études en médecine vue de l’intérieur, tant pour le plaisir que pour le bénéfice de ses lecteurs, mais aussi parce que tenir un blogue est un passe-temps agréable qui l’aide à garder l’équilibre.

En médecine, il existe une dimension que vous ignorez peut-être et qu’on appelle le « curriculum caché ». Qu’est-ce que le curriculum caché? Il s’agit de tous les aspects de la médecine qui ne sont pas enseignés en classe mais qui sont indissociables du métier. Ce sont toutes les choses que l’étudiant en médecine, l’externe, le résident ou le médecin digne de ce nom doit apprendre par lui-même.

Voici un exemple très simple d’aspect du curriculum caché que la plupart, voire la totalité, des étudiants en médecine saisissent avant d’entrer en faculté de médecine ou dans les mois qui suivront : à l’hôpital, il y a une « hiérarchie » à respecter.

Au cours des deux dernières années de la plupart des programmes d’études en médecine, les étudiants entament la phase de formation appelée « externat ». Essentiellement, l’externe travaille à l’hôpital, dans une spécialité donnée, afin de parfaire ses compétences dans un vrai milieu médical au lieu du milieu universitaire. L’externe travaille de longues heures et a une tonne de responsabilités. Par surcroît, il se trouve au plus bas échelon de ladite « hiérarchie ». Il est là pour apprendre, donc il représente un fardeau pour les autres. Sa mission : faciliter la tâche à chacun dans l’espoir de faire bonne impression. Il relève des résidents qui se trouvent à l’échelon supérieur, lesquels sont en dessous des fellows et des médecins membres du personnel. Ne pas respecter la hiérarchie en passant par-dessus la tête d’un résident qui a fourni une directive pour s’en plaindre à un médecin pourrait par exemple conduire à des discussions et à une ambiance de travail assez intéressantes. Bien que simplifié à l’extrême, cet exemple illustre bien un aspect du curriculum caché qu’il faut absolument connaître pour réussir en médecine.

J’espère que cet exemple suffira à bien expliciter ce qu’est le curriculum caché. Cela dit, comment faire pour connaître tous ces aspects de la médecine s’il n’en est jamais question en classe? C’est là qu’intervient le mentorat car, disons-le, il est rare qu’on parle ouvertement des aspects négatifs de la médecine en grands groupes et dans les cours magistraux, et même en ligne. Pour obtenir un portrait fidèle de ce qu’est la médecine, parlez avec des externes, des résidents et des médecins en exercice. Ne vous limitez pas à un mentor : tâchez d’en recruter beaucoup, aux expériences et aux opinions variées. Selon mon expérience, pris individuellement ou en petits groupes, les professionnels sont plus ouverts et nous parlent franchement de la profession, car ils veulent bien vous guider. Je peux dire que, en établissant le contact avec plusieurs résidents et médecins, j’ai appris beaucoup de choses nouvelles sur la médecine qui m’ont davantage éclairé sur ce dans quoi je m’embarquais.

"La plupart d’entre nous sommes nés et mourront à l’hôpital : les médecins nous aident à venir au monde, puis facilitent notre passage vers ce qui nous attend après la mort."

J’ai certes découvert quelques côtés peu glorieux du domaine, mais je peux aussi affirmer le curriculum caché n’a pas que du mauvais. En effet, j’ai appris qu’il y avait beaucoup d’aspects positifs méconnus de la médecine, grâce à divers mentors. Par exemple, un médecin peut se porter à la défense de son patient et, ce faisant, améliorer non seulement les soins qui sont prodigués à ce patient mais également aux autres.

D’ailleurs, compte tenu de tout ce que j’ai appris, je peux dire sans craindre de me tromper que si c’était à recommencer, je ferais exactement le même choix. La médecine exige peut-être beaucoup de sacrifices sur le plan personnel, mais elle permet de faire un travail exceptionnel. J’en suis à peine à la moitié de ma première année en médecine, et j’ai déjà fait une cinquantaine d’heures de formation par observation dans différentes spécialités, de la médecine légale à la psychologie en passant par l’obstétrique-gynécologie. J’ai été témoin de beaucoup de situations médicales déjà, et j’ai vu à quel point ce métier est gratifiant pour ceux qui le pratiquent. Les gens font vraiment confiance aux professionnels de la santé, et même aux étudiants qui ne sont pourtant qu’en formation et, honnêtement, l’ouverture dont on fait preuve envers moi me fait chaud au cœur. Cette confiance constitue sans doute l’un des cadeaux les plus précieux qui nous sont offerts. Il y a quelque chose de merveilleux que j’ai appris à découvrir et à apprécier davantage, et c’est la valeur de cette confiance et la nécessité de la préserver.

Je suppose que, si vous lisez mon blogue, c’est que vous envisagez fort probablement de faire carrière en médecine, alors je vous en félicite et je vous encourage à continuer. Il n’existe aucune autre profession où vous pourrez avoir une incidence aussi directe sur la vie d’autant de gens. Le fait est que, un jour ou l’autre, nous serons tous patients dans un système de soins de la santé. La plupart d’entre nous sommes nés et mourront à l’hôpital : les médecins nous aident à venir au monde, puis facilitent notre passage vers ce qui nous attend après la mort. Il n’existe aucune autre profession qui offre autant de possibilités que celle de médecin : vous pouvez exercer la médecine et faire de la recherche, démarrer votre propre clinique, travailler comme consultant, pour ne nommer que celles-là. Vous êtes appelé à parfaire constamment vos connaissances et à apprendre auprès des personnes les plus brillantes tout en interagissant avec des spécialistes de tous les domaines.

Il se peut que vous ayez un peu de la difficulté à me suivre ici. Mon article n’est pas aussi structuré que d’habitude. Mon but n’est pas de donner des conseils. Je décris simplement quelques-uns des aspects qui, selon moi, correspondent aux apprentissages les plus importants que j’ai faits au cours de mes quatre premiers mois d’études. Bien entendu, j’ai appris à prendre des décisions cliniques, j’ai étudié la génétique et la microbiologie et j’ai vu comment noter rigoureusement les antécédents d’un patient, mais ces compétences peuvent être acquises par quiconque a un tant soit peu de motivation. Le curriculum caché, par contre, il faut le découvrir; il faut ensuite décider des aspects à retenir, car vos compétences sur ce chapitre ne seront jamais évaluées. Vous pouvez faire vos études en médecine et prétendre vouloir aider les patients, mais n’être en fait attiré que par l’argent et le prestige. Vous pouvez faire abstraction de la notion cruciale de la confiance. Et il se peut même que tout se passe bien, que vous deveniez un médecin prospère qui ne croisera jamais d’embûches sur sa route. Or, j’ai la ferme conviction que si vous choisissez la médecine pour les bonnes raisons, que vous prenez votre formation au sérieux et que vous agissez au mieux de vos compétences, vous offrirez de meilleurs soins que toute personne qui, à compétences égales, n’a pas vos motivations. Vous agirez également au nom d’autres médecins en façonnant notre milieu de travail non seulement en ayant à cœur leurs intérêts, mais également ceux des personnes que nous soignons.

Cet article a été publié sur la plateforme d’onboardMD avec la permission de l’auteur.  Lisez d’autres articles publiés dans le blogue de Reza à l’adresse Med Student Gunner (en anglais seulement).

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