La transition du Dr Simon Moore

January 28, 2019 Dr Simon Moore

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

Diversité, équilibre et liberté : les ingrédients d’une carrière médicale gratifiante

Au fil des ans, ma perception de la conciliation travail-vie personnelle a radicalement évolué. Aujourd’hui, je la vois sous un angle complètement différent de celui que j’avais en début de carrière. Pendant la période qui a précédé immédiatement la fin de ma résidence, je m’efforçais d’obtenir du travail à temps plein dans une salle d’urgence rurale et je souhaitais entrer en fonction le plus rapidement possible. Mais le sort en a voulu autrement. Peu après l’obtention de mon diplôme, mon épouse et moi avons eu notre premier enfant. Ma famille est aussitôt devenue ma priorité absolue et j’ai finalement accepté un poste plus près de chez moi que prévu.

Au fil des ans, j’ai occupé de nombreux postes en milieu urbain et je repensais souvent à mon désir de travailler en milieu rural. L’occasion était-elle passée? Était-il trop tard pour effectuer des changements? Après quelques conversations inopinées avec des médecins ruraux, je me suis mis à l’affût et j’ai eu la chance de découvrir une communauté rurale exceptionnelle et d’y établir des liens avec un médecin expérimenté que j’ai ensuite remplacé sur une base temporaire.

Grâce à ce poste (et à un peu de formation supplémentaire), j’ai finalement réalisé mon rêve : travailler comme médecin suppléant en milieu rural. Et le jeu en valait la chandelle. J’ai adoré l’expérience! Avec le temps, j’ai cependant constaté que la réalité du travail d’un médecin suppléant à temps plein était assez éloignée de ma perception de la conciliation travail-vie personnelle.

La suppléance est un modèle de carrière qui comporte de l’incertitude. L’horaire de travail est un véritable casse-tête et il faut constamment être à l’affût de sa prochaine affectation, évaluer ses options et se résigner à ne jamais savoir exactement où on sera dans quelques mois ou années. Pour ma part, je trouve cette incertitude stimulante, ce qui explique peut-être l’attirance que j’ai pour le statut de médecin suppléant. De toute façon, nul ne sait vraiment ce que l’avenir lui réserve. Mes valeurs ont évolué et se sont transformées au rythme des changements survenus dans ma vie qui m’ont permis d’expérimenter tout ce que la vie avait à offrir, voire plus. Aujourd’hui, lorsque j’analyse attentivement mon rôle et mes obligations personnelles et professionnelles, je constate que la souplesse du statut de suppléant revêt pour moi une grande importance, car elle me laisse la liberté de choisir où j’investis mon temps et mes efforts : ma vie familiale (deux enfants maintenant!), prestation de soins de qualité supérieure à mes patients, bénévolat, etc. La suppléance permet de mener des activités diversifiées, et de découvrir et de vivre de nouvelles passions. 

Je n’aurais pu choisir un meilleur moment pour devenir médecin de famille suppléant, car le marché est actuellement favorable à cette formule. Il est très facile de trouver du travail, d’où la possibilité pour moi de décider quand et où je vais travailler, et le temps que je vais y consacrer. Grâce à cette liberté, j’ai fait l’apprentissage d’un large éventail de types de médecine et de milieux d’exercice partout au Canada. Maintenant que j’ai décidé de me trouver un travail un peu plus stable, l’expérience acquise en tant que suppléant fait en sorte que je sais avec plus de certitude ce qui m’intéresse vraiment et que je connais les méthodes de travail qui m’aideront à soigner mes patients de la meilleure manière possible.

Je trouve du travail par l’entremise d’un large éventail de canaux formels et informels qui vont des appels directs dans les cliniques d’une communauté où j’aimerais travailler aux recommandations d’amis (en passant par tout l’éventail des solutions possibles entre les deux). Mon expérience me confirme que les sites locums.ca et Locumunity  sont très utiles. Lorsqu’une occasion se présente, j’en évalue d’abord le mérite. Le premier critère est l’emplacement. Viennent ensuite les possibilités de soutien des employés de la clinique, des spécialistes régionaux et des médecins locaux. La rémunération entre bien sûr en compte, mais j’accorde plus d’importance à la cohésion et à l’engagement de l’équipe et aux caractéristiques de la communauté. (J’ai aussi appris avec le temps les nombreuses formes de valeurs ouvertes à la négociation lorsqu’on envisage d’accepter un nouveau poste.)

En début de carrière, outre mes nombreuses fonctions cliniques et universitaires de médecin, je tenais aussi en bonne partie mes livres comptables. J’y arrivais assez bien, mais je devais y consacrer beaucoup de temps, ce qui réduisait fortement le nombre d’heures à ma disposition pour les choses qui m’intéressaient vraiment. À l’époque, je mesurais mal le temps passé à gérer ma société et dont je ne disposais plus pour poursuivre mes passions et en découvrir de nouvelles. Après quelques années, j’ai finalement engagé un comptable compétent pour tenir mes livres, ce qui m’a libéré d’un fardeau (honnêtement, j’aurais dû le faire plus tôt). Mon équipe de professionnels comprend aussi maintenant un avocat et un conseiller financier. Je me sens plus en confiance grâce aux conseils de ces professionnels, particulièrement lorsqu’ils possèdent de l’expérience avec les médecins. En vérité, la gestion des aspects logistiques du travail d’un médecin suppléant représente parfois un véritable défi. Même si j’ai eu la chance de trouver des postes formidables au sein de groupes qui ont compris mon besoin d’un horaire souple, il arrive néanmoins qu’il soit difficile de coordonner plusieurs horaires (presque autant que d’expliquer à mon courtier hypothécaire et à mon comptable pourquoi je reçois des bordereaux de paie de multiples départements de la même université…).

Réunir d’entrée de jeu une équipe de conseillers de qualité est un facteur très important pour réussir sa transition. À l’aube de ma carrière médicale, j’ignorais bien des choses que j’aurais aimé savoir. Voilà pourquoi j’ai colligé des conseils venant de plusieurs collègues et conçu un résumé schématisé à l’intention des résidents et des médecins en début de carrière. Cet aide-mémoire dresse la liste des choses qu’il faut savoir à l’intérieur d’un outil convivial.

Maintenant que j’ai acquis un peu d’expérience, je constate avec plaisir que ma carrière est beaucoup plus riche et diversifiée que je ne le croyais possible. Pendant six ans, j’ai fait de la suppléance dans de multiples milieux cliniques, de la médecine familiale à l’assistance chirurgicale en passant par la médecine d’urgence en milieu rural. J’ai aussi remplacé des médecins en congé de maternité et j’ai beaucoup enseigné. Je ne fais pratiquement jamais la même chose deux jours de suite, d’où ma perception, à mon avis unique, de l’exercice de la médecine au Canada.

Grâce à cette perception et à l’agilité qu’exige cette variété de tâches, j’avais vraiment toutes les qualités requises pour devenir cofondateur de The Review Course in Family Medicine, le seul cours de préparation à l’examen national du CCMF au pays. En deux journées bien remplies au rythme soutenu, les 99 sujets de l’examen sont abordés et en 2019, le cours sera donné dans cinq villes canadiennes différentes. Mon collègue, le Dr Paul Dhillon et moi-même sommes également sur le point d’annoncer le lancement d’un autre cours (The Medical Circus), un cours de recyclage en soins primaires dont la formule est entièrement inédite. Le lancement officiel aura lieu à la conférence de la SMRC sur la médecine en régions rurales et éloignées à Halifax en avril 2019.

Même si je ne fais plus aujourd’hui de suppléance et même si mon horaire est maintenant plus prévisible, mon nouveau statut d’entrepreneur me procure aussi cette diversité que j’appréciais tant lorsque je faisais de la suppléance. J’ai aussi eu la chance de recevoir de plus en plus d’invitations à prendre la parole dans des congrès médicaux et plus récemment, dans les milieux institutionnels. Cette activité m’a fait découvrir une nouvelle passion qui m’avait jusque là complètement échappé et dont le développement m’excite beaucoup. Je réfléchis souvent à ma résidence, lorsque mes horaires m’étaient imposés sans que je puisse exercer quelque contrôle que ce soit, et je constate la chance que j’ai eue d’expérimenter pour trouver le rythme de travail qui me convenait le mieux.

En rétrospective, il m’arrive de me demander comment je suis arrivé où je suis. Pourtant, la réponse est simple : j’ai pris des décisions en fonction de mes désirs réels et de ceux de ma famille, plutôt qu’en fonction des attentes des autres à mon endroit. J’ai ainsi découvert que la conciliation travail-vie personnelle est un mythe complet et absolu. L’équilibre parfait est impossible. Lorsqu’on a compris que la balance penchera inévitablement d’un côté ou de l’autre, on est mieux outillé pour choisir la solution du moindre mal et s’adapter. La meilleure manière de le faire consiste à imaginer ce que serait pour soi une semaine idéale en produisant un diagramme circulaire où les « pointes de tarte » représentent le travail, la vie familiale, les passe-temps et toutes les choses qui comptent pour vous. Ensuite, il faut prendre les moyens pour concrétiser cette semaine idéale. Dans mon cas, il était plus simple d’atteindre l’objectif en devenant suppléant, et même maintenant que je joue des rôles plus permanents, je continue à dessein de prioriser la souplesse dans mes activités.

Six années se sont écoulées depuis la fin de ma résidence et je suis plutôt satisfait des résultats professionnels de ma transition. J’ai beaucoup appris pendant mes années de suppléance et j’applique les nombreuses leçons. Ma semaine idéale est finalement très différente de celle à laquelle j’aspirais à la fin de ma résidence. Il est possible que je n’arrive jamais à concilier parfaitement ma vie professionnelle et ma vie personnelle, mais j’accepte aujourd’hui cette réalité et ce faisant, j’apprécie beaucoup plus qu’avant mon travail et ma vie personnelle.

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