Entrevue avec le Dr Brian Goldman, de la CBC, première partie – Des études de médecine au studio de radio

June 14, 2019 Dr Brian Goldman

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

L’animateur de l’émission de radio White Coat, Black Art nous raconte comment son parcours professionnel diversifié a fait de lui un meilleur médecin.

Le Dr Brian Goldman est un ancien urgentologue et un chroniqueur médical primé. Animateur de l’émission White Coat, Black Art à la radio de CBC, il est reconnu pour sa capacité à démystifier le jardon médical et faire comprendre aux auditeurs ce qui se passe réellement dans les hôpitaux et les cliniques. Il est l’auteur des livres The Night Shift et The Power of Kindness: Why Empathy is Essential in Everyday Life.

Comment ça s’est passé pour vous, la demande d’admission et l’entrée en médecine?

J’ai commencé mes études en médecine à la fin des années 1970, dans le temps des dinosaures. À l’époque, pour entrer en médecine, il fallait seulement des résultats scolaires : une bonne moyenne pondérée cumulative et de bonnes notes à l’épreuve d’admission aux écoles de médecine. Aujourd’hui, bien entendu, il faut trouver des façons nouvelles et originales de se démarquer : travaux de recherche, expérience de terrain, projets spéciaux ou travail dans les pays en développement. Nous ne faisions rien de tout ça. Il fallait seulement des notes acceptables, et les miennes l’étaient. Si j’essayais d’être admis aujourd’hui, ce serait probablement beaucoup moins facile.

Pourquoi la médecine? Vous aviez toujours voulu devenir médecin?

Honnêtement, je ne m’étais pas donné pour mission de guérir les malades; je suis entré en médecine parce que c’est ce que les jeunes de mon âge faisaient. C’est en cours de route que j’ai trouvé ma mission. La médecine a ceci de merveilleux qu’elle nous permet d’essayer toutes sortes de choses. Au départ, je voulais me diriger en neuropédiatrie, mais un matin, pendant un stage à l’hôpital Johns Hopkins, j’ai passé tout droit et manqué ma chance de participer à la tournée des patients et d’impressionner mes patrons. C’était humiliant à l’époque, mais, avec le recul, je pense que ça a été une bénédiction. Je suis rentré à Toronto en me demandant ce que j’allais faire, puis j’ai abouti en médecine interne. Vers la fin de ma résidence, des amis qui travaillaient aux urgences comme second emploi m’ont conseillé d’essayer, ce que j’ai fait. Les urgences m’ont plu. J’ai plu aux urgences.

Pourquoi les urgences vous ont-elles plu?

Le plus grand avantage pour moi, c’était le travail par quarts. J’avais du temps pour écrire et m’investir davantage dans la radiodiffusion.

Parlez-nous un peu des raisons qui vous ont poussé vers le journalisme et la radio.

J’avais écrit une série d’articles sur les trafiquants de médicaments d’ordonnance, qui m’ont finalement fourni la matière première de ma première chronique à l’émission de radio Sunday Morning sur les ondes de CBC. C’est là que j’ai vraiment eu la piqûre. Par la suite, j’ai présenté quelques reportages, puis j’ai été invité à donner un cours en rédaction documentaire pour les pigistes à l’Université Ryerson. À partir de là, j’ai collaboré avec la société qui s’appelait alors Alliance Atlantis au lancement de la chaîne Discovery Health Canada. Toutefois, j’avais encore la radio en tête, et lorsque la CBC a réalisé des pilotes pour de nouvelles émissions, je lui ai présenté une idée. C’était en fait le concept d’un livre que j’avais l’intention d’écrire sur le décalage entre le discours que les médecins tiennent devant les patients et celui qu’ils ont entre eux, derrière les portes closes.

Comment les choses ont-elles évolué de là jusqu’à White Coat, Black Art?

J’ai transformé mon projet de livre en projet d’émission de radio. À l’étape de la création de l’émission, un des producteurs voulait constamment savoir quels mystères dissimulaient les pratiques de médecine. J’imaginais donc tout le temps des médecins en blouses blanches en train de s’adonner à la magie noire. L’émission pilote était consacrée aux raisons qui font que l’attente est aussi longue aux urgences. La première émission a été diffusée en 2007, et nous en sommes à plus de 250 épisodes, ce qui assez exceptionnel pour ce genre d’émission. Elle est très appréciée des auditeurs.

Vous abordez une foule de sujets pendant l’émission. Où prenez-vous toutes ces idées?

Dans bien des cas, ce sont les courriels des auditeurs qui nous inspirent. Ces courriels peuvent venir de personnes qui ont vécu ou vivent une expérience particulière. Certains nous touchent, et nous devons en parler. Au départ, l’émission avait pour but de lever le voile sur le monde de la médecine, mais, en cours de route, notre mission a évolué, et nous nous tournons vers les gens touchés par les problèmes que nous voulons dénoncer. Au début, nous voulions jeter un regard sur la culture de la médecine moderne, mais maintenant, nous nous intéressons davantage au patient au centre de cette culture. Ce qui fait que les sujets ne manquent jamais. Nous avons taillé notre propre créneau en abordant des questions telles que l’intimidation des médecins, divers aspects liés au décès et à la mort, la solitude, l’épuisement professionnel chez les médecins et le trouble de stress post-traumatique découlant du traitement du cancer. Nous savons aussi pertinemment quels sont les sujets qui animent les discussions dans le public en général. C’est notre émission sur le régime cétogène qui a obtenu le plus de succès récemment.

Quelles compétences d’animateur de radio vous ont aidé comme médecin, et vice-versa?

Comme animateur, mon rôle consiste à communiquer clairement avec un vaste auditoire. De même, j’ai toujours pensé qu’il était essentiel de communiquer clairement avec les patients et leur famille. Voici la seule différence que je constate dans ma façon de communiquer : il y a beaucoup d’erreurs de communication qui sont pardonnées en salle d’examen qui ne pourraient l’être à la radio. En ondes, la clarté est de mise; l’échec n’est pas une option. C’est le principe que j’essaie d’appliquer avec mes patients. La communication efficace commence par l’empathie. Il faut se mettre à la place de la personne à qui vous vous adresserez; à la longue, vous finissez par être doué.

C’est ce qui vous a donné l’idée de votre dernier livre, qui porte sur l’empathie?

Oui. Je voulais écrire un livre sur l’empathie dans le contexte des soins de la santé (nous savons tous qu’il y a des patients qui vivent de belles expériences, et d’autres de moins bonnes), mais il y avait tant à dire. Je voulais tracer un portrait d’ensemble, puis mon idée de départ s’est transformée en un projet d’écriture sur l’empathie dans le monde en général.

Qu’avez-vous appris?

Entre autres choses, j’ai appris qu’en soins de la santé, il existe beaucoup de facteurs qui font obstacle à l’empathie et à la bienveillance. Je pense à l’épuisement, au stress, aux horaires chargés, à la privation de sommeil. Ce que les étudiants en médecine doivent comprendre, c’est que leur niveau d’empathie est à son plus haut lorsqu’ils commencent leurs études, mais à son plus bas quand ils les terminent. C’est un problème que la nouvelle génération de médecins devra tâcher de régler.

Votre seconde carrière vous a-t-elle aidé à préserver votre capacité d’empathie?

Il n’est pas nécessaire de chercher un moyen d’entretenir son empathie à l’extérieur de la médecine. Toutefois, si vous avez une seconde carrière ou une autre vocation, c’est un bon moyen de vous ressourcer et de vous régénérer. Lorsque vous traversez une période sombre comme médecin, vous pouvez vous tourner vers autre chose, que ce soit la cuisine, le vélo, la peinture, peu importe, pour vous libérer du stress de la vie de médecin et calmer votre esprit. Vous avez besoin de quelque chose qui vous soutienne. Je ne suis pas le meilleur médecin. Je ne suis pas le meilleur auteur. Je ne suis pas le meilleur animateur de radio. Mais il se pourrait bien que je sois le meilleur médecin‑auteur‑animateur de radio.

Où vous voyez-vous dans 10 ans?

Je me vois encore en train d’écrire des livres, d’animer l’émission. Nous jouons un rôle important : nous contribuons à l’amélioration des soins de la santé en mettant en lumière ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. Je me vois aussi en train d’écrire des articles sur ce qui incite les médecins à se surpasser, sur la façon dont les patients et les familles parviennent à trouver de l’aide malgré les nombreux obstacles, sur les lacunes du réseau de la santé dans le but d’y remédier. Le rôle des médecins et leurs pratiques évoluent. Les patients ont accès à de plus en plus d’applications ou d’outils technologiques et à un plus grand pouvoir diagnostique, et je veux faire partie de ceux qui montreront la voie de l’avenir.

 

À venir : Le Dr Brian Goldman nous présente sa perspective unique sur la voie que prendra notre système de soins de la santé et les moyens à adopter pour bien l’orienter.

 

Dr Brian Goldman

Le Dr Brian Goldman est un ancien urgentologue et un chroniqueur médical primé. Animateur de l’émission White Coat, Black Art à la radio de CBC, il est reconnu pour sa capacité à démystifier le jardon médical et faire comprendre aux auditeurs ce qui se passe réellement dans les hôpitaux et les cliniques. Il est l’auteur des livres The Night Shift et The Power of Kindness: Why Empathy is Essential in Everyday Life.

 

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