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Allen Champagne : la médecine sportive réinventée

Ces dix dernières années, l’analyse des données a révolutionné le sport. Les nouvelles technologies permettent aux entraîneurs et aux joueurs d’apporter à leurs plans de match de menus ajustements qui rapportent gros. Qu’on parle de la stratégie Moneyball ou de gains marginaux, ces analyses sont mises à contribution pour donner aux athlètes une longueur d’avance… et les aider à gagneru. Mais cette technologie ne pourrait-elle pas servir à prévenir les blessures aux séquelles permanentes? 

Allen Champagne le dit lui-même : c’est surtout au sport (et à sa mère) qu’il doit d’être aujourd’hui étudiant en médecine à l’Université Queen’s ainsi que chercheur et entraîneur adjoint de ligne défensive pour l’équipe de football de son université. Il voit toutefois plus loin que le terrain de jeu – jusqu’au cœur du monde de la médecine. 

Après avoir évolué pendant quelques saisons avec les Tar Heels de la Caroline du Nord (division 1 de la NCAA), lorsqu’il était étudiant de premier cycle et boursier Morehead-Cain, Allen est revenu à Queen’s pour faire un doctorat en neurosciences. Des blessures à l’épaule et au dos avaient mis un terme à sa carrière de footballeur, mais il souhaitait continuer de contribuer à ce sport qui lui avait tant apporté. Le football est un sport extraordinaire pour la croissance personnelle, sans compter qu’il enseigne la collaboration et l’esprit d’équipe. Mais les choses doivent changer; il faut mieux protéger les athlètes. La science et la médecine peuvent nous aider, résume-t-il. 

Allen aime le programme de Queen’s pour sa façon unique de conjuguer médecine et recherche. Il y a surtout été invité par Pat Sheahan, ex-entraîneur des Gaels de Queen’s, sans qui il n’aurait sans doute jamais été recruté par l’équipe de Kingston. Je crois fermement en la recherche comme moyen de repousser les limites des connaissances, et la médecine nous aide à mieux comprendre les besoins des patients. Les soins des médecins sont optimisés par ces connaissances, explique Allen. Les travaux du doctorant portent sur la neuro-imagerie : il se sert de capteurs installés sur les casques d’athlètes et de technologies de capture du mouvement pour découvrir de nouveaux liens entre la santé cérébrale et les traumatismes crâniens, et entre la biomécanique et les blessures sportives. En établissant les bons biomarqueurs pour ce type de traumatisme, Allen espère faire changer les comportements grâce à ses découvertes et ainsi améliorer la qualité de vie des athlètes, pendant et après leur carrière sportive. Les traumatismes à la tête sont le plus grand danger qui guette les joueurs actuellement, et pour mieux les protéger, nous devons en apprendre davantage sur ces blessures.

La prévention des blessures dans le sport, ça coûte cher, mais perdre un joueur pour cause de blessure peut coûter encore plus cher à son équipe! Les ligues sportives et les franchises ont donc tout intérêt à se doter de stratégies efficaces pour les prévenir. C’est là qu’Allen voit de belles possibilités : il a donc transformé son projet de recherche en une jeune entreprise dans l’optique de pousser plus loin ses initiatives pour changer les comportements. 

Elite NeuroKinetix, Inc. mise sur l’analyse vidéo et la biomécanique des impacts pour optimiser les pratiques de coaching, l’objectif étant de réduire le risque de blessures à la tête tout en aidant les athlètes à atteindre leur plein potentiel. L’équipe Elite NeuroKinetix est officiellement à la barre des activités de recherche à Football Canada et elle prévoit une expansion à l’international.  Partout au pays, nous sommes allés sur les terrains de football comme dans un laboratoire; nous avons rassemblé des données sur les joueurs en les filmant durant des exercices qui ciblaient des habiletés particulières ainsi qu’en observant d’un œil d’entraîneur leurs placages et leurs blocages. À la lumière de ces données, nous avons effectué une évaluation qui nous aide aujourd’hui à déterminer le risque de traumatisme à la tête pour chaque athlète. La technologie de capture des données ayant atteint un grand degré de précision, nous pouvons connaître le positionnement exact de la tête et du bassin d’un joueur lors d’un placage ou d’un blocage et produire son profil de risque. Nous nous en servons ensuite pour lui montrer comment améliorer son jeu et diminuer ses risques de blessure. 

L’an dernier, Allen a donné une conférence TedX sur la nécessité de combiner santé et performance pour permettre aux athlètes d’atteindre leur plein potentie en toute sécurité. Même s’il s’agit de nos jours d’un sujet délicat, Allen croit que le sport joue un rôle essentiel dans le développement des jeunes athlètes et que la science et la technologie nous offriront les meilleures solutions d’avenir. Il s’agit d’un point de départ pour discuter de la question et, au bout du compte, rendre le football vraiment sécuritaire. Notre but est que tous les joueurs d’Amérique du Nord aient accès à ces technologies pour se faire évaluer et améliorer leur jeu – mes coéquipiers et moi-même aurions adoré pouvoir profiter de ces technologies à l’époque.

En fin de première année de médecine, Allen est, comme tous ses pairs, tourné vers l’avenir. J’ai hâte de progresser dans ma nouvelle carrière. J’en suis à mes tout débuts, mais déjà, on me demande ce que je veux faire. Je trouve génial d’avoir pu suivre différents docteurs, et je pense bien avoir trouvé mon créneau. La médecine sportive, ç’a toujours été mon rêve, mais la recherche m’a fait suivre un chemin imprévu. J’aspire aujourd’hui à devenir chirurgien orthopédiste pour une équipe sportive, et je souhaite mettre ma passion pour la recherche et la médecine au service de la pratique clinique. 

Sa connaissance intime du sport destine tout naturellement Allen Champagne à une carrière de médecin sportif; il pourra ainsi contribuer directement à changer les mentalités du sport qu’il aime.  Les gens oublient que le football peut changer des vies, comme il a changé la mienne. Il m’a donné les compétences et les possibilités dont j’avais besoin pour avancer et réussir malgré les obstacles. J’espère pouvoir donner les mêmes possibilités à nos jeunes athlètes, car ils méritent de réaliser leurs rêves, conclut-il.