Étudiant du premier cycle, l’été, vous faites de la recherche ou vous relaxez?

August 13, 2019 Reza Fakhraei

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

L’été, est-il le moment idéal pour faire de la recherche? Point de vue de quelqu’un qui est déjà passé par là

L’été, c’est fantastique : avoir congé de cours, rester chez soi, faire la grasse matinée, profiter du beau temps, mais surtout, n’avoir aucune obligation. C’est le moment idéal pour relaxer, mais aussi pour faire de nouvelles expériences. Si vous voulez devenir médecin, vous vous demandez peut-être ce que vous pourriez faire l’été pour progresser dans l’atteinte de vos objectifs. De la recherche, par exemple? Dans le présent article, nous tenterons de vous aider à optimiser vos étés et de répondre aux questions les plus courantes concernant la recherche.

La recherche est-elle un critère d’admission en médecine?

Je tiens à dire tout de suite que la recherche n’est pas une condition préalable, comme la plupart des activités parascolaires d’ailleurs. Des gens sont admis en médecine même sans aucune expérience en recherche. Ce que les universités veulent, ce sont des personnes polyvalentes et douées, et les candidats admissibles n’ont pas tous fait de la recherche. En revanche, je dois ajouter que la majeure partie des étudiants en médecine auront, à un moment ou à un autre, déjà fait de la recherche, que ce soit dans le cadre d’un projet d’été, d’une thèse de spécialisation encore de leurs études de maîtrise ou de doctorat.

Il existe un vaste éventail de domaines de recherche, de l’épidémiologie à la santé publique en passant par l’amélioration de la qualité des soins et la recherche clinique. Recherche ne veut pas systématiquement dire béchers et éprouvettes. Avoir de l’expérience en recherche constitue un atout, même si vous n’envisagez pas de vous engager dans cette voie dans l’avenir. Une telle expérience peut vous servir dans votre exploration de carrière, et elle dit aux universités que vous avez une connaissance de base de la méthode scientifique. C’est cette méthode qui sert à rassembler tout le savoir sur lequel nous nous appuyons, comme médecins, pour comprendre, soigner et prévenir la maladie de même que pour améliorer nos façons de faire. Il est donc essentiel d’en comprendre les rudiments. Pour les raisons que je viens de citer, et pour bien d’autres encore, je recommande aux gens de faire un peu de recherche pendant leurs études de premier cycle. 

Je ne dis pas qu’ils doivent absolument publier le résultat de leurs recherches, mais qu’ils doivent simplement avoir de l’expérience en la matière. Il est vrai que le fait d’avoir publié ne nuira pas à votre dossier d’admission; ça vous permettra même de vous démarquer. Cependant, ce n’est pas un préalable. Pour ma part, je n’avais encore aucune publication à mon actif au moment d’être admis en médecine, comme bon nombre de mes collègues d’ailleurs.

Quel est le meilleur moment pour commencer à faire de la recherche? 

Saisissez l’occasion dès qu’elle se présente. S’ils ont prévu le coup, les plus chanceux pourraient bien se retrouver dans un laboratoire de recherche dès la fin du secondaire. Pour d’autres, l’occasion ne se présentera la première fois qu’au moment de leur projet de thèse de spécialisation, en quatrième année de médecine. 

Plus vous commencez tôt, plus vous avez le temps de vous familiariser avec le processus et, parallèlement, de réaliser d’autres projets qui vous aideront à découvrir vos centres d’intérêt. Toutefois, ce n’est pas mieux si vous commencez trop tôt. Vous devez d’abord apprendre les notions de base de la recherche pour tirer pleinement parti de l’expérience, sans quoi vous risquez de ne pas trop savoir ce que vous faites.

Le professeur ou le médecin responsable pourra peut-être vous montrer l’essentiel, mais il sera sûrement trop occupé pour tout vous enseigner. Vous serez initié au travail de laboratoire dans vos cours de science pendant les deux premières années du premier cycle. Il y a donc des avantages et des inconvénients à commencer tôt, mais dans l’ensemble je dirais que le plus tôt sera le mieux.

Vous voulez faire de la recherche, mais vous ne savez pas par où commencer? 

Si vous êtes au premier cycle, vous devrez sans doute vous faire à l’idée de travailler gratuitement. À moins d’avoir obtenu votre propre financement sous forme de bourse (ou de travailler pour quelqu’un qui reçoit beaucoup de subventions), il est probable que vous ferez vos travaux de recherche comme bénévole.

L’une des meilleures bourses de recherche offerte aux étudiants de premier cycle au Canada (au moment d’écrire ces lignes, du moins) est celle du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie. Les modalités de demande pour cette bourse et les critères de sélection varient d’une université à une autre. Néanmoins, cette bourse est généralement accordée en fonction des notes. Pour en savoir plus sur les bourses et autres formes de financement offertes, communiquez avec la direction de la recherche de votre université. Comme autre option, vous pouvez aussi vous informer auprès d’un professeur ou d’un patron.

Ensuite, vous devez chercher un domaine qui vous intéresse. C’est probablement l’étape la moins évidente. Si vous n’avez pas d’idées de domaine ni d’expérience en recherche, je vous suggère alors de ratisser large : recherche sur le cancer, en santé cardiovasculaire, sur le diabète, en biologie cellulaire... faites-le tour. Visitez ensuite le site Web de votre université, celui des hôpitaux affiliés ou encore d’autres centres de recherche, et repérez les chercheurs. Vous devriez y trouver une brève description des travaux qu’ils effectuent ainsi que leurs coordonnées. (Astuce : l’information publiée dans ces pages est souvent périmée. Pour obtenir des renseignements à jour sur les derniers articles publiés, entrez le nom des chercheurs dans Google Scholar ou PubMed ou encore voyez s’ils ont leur propre site Web.) 

Lorsqu’un domaine vous interpelle, écrivez au professeur ou au médecin par courriel pour lui faire part de votre intérêt. Dans votre message, indiquez où vous en êtes dans votre cheminement de carrière, le champ d’études que vous aimeriez explorer et les raisons pour lesquelles ces domaines vous attirent. Mentionnez que vous aimeriez rencontrer le chercheur pour discuter des possibilités de collaboration. Joignez à l’envoi votre curriculum vitæ pour lui donner un aperçu de votre expérience. Les notes sont importantes en recherche, surtout si vous avez suivi des cours liés au domaine, alors présentez-les d’entrée de jeu : joignez votre relevé de notes à votre courriel. Une fois que vous aurez cliqué sur « Envoyer », il ne vous restera plus qu’à espérer une réponse. Répétez ensuite les mêmes étapes pour toutes les équipes de recherche que vous avez repérées. Vous pouvez réutiliser le même message de base, mais assurez-vous de le personnaliser pour le chercheur à qui vous l’envoyez.

Parfois, les messages restent sans réponse

Il se peut que vous n’obteniez pas de réponse. Ou, si vous en recevez une, il se pourrait que ce soit pour vous dire qu’on n’a pas besoin de vous. Dans tous les cas, ne vous sentez pas personnellement visé. La clé, c’est la quantité. Écrivez au plus grand nombre possible de professeurs et de médecins, et continuez de chercher jusqu’à ce que vous trouviez un poste qui suscite votre intérêt. Vous augmenterez ainsi les possibilités de trouver un poste et, surtout, celui qui vous convient le mieux. Avec un peu de chance, vous recevrez des réponses de plusieurs chercheurs qui demanderont à vous rencontrer. Si tel est le cas, félicitations!

Soyez toujours prêt

Arrivez fin prêt à la rencontre. Préparez quelques questions au sujet des travaux de recherche. Demandez qu’on vous explique le projet, le rôle que vous pourriez y jouer ou tout autre renseignement que vous jugerez pertinent. Vous pouvez aussi poser des questions sur le financement et le salaire, mais c’est parfois délicat. Malheureusement, en sciences, l’argent est un sujet tabou. Certains pourront croire à tort que vous n’êtes attiré que par l’argent tandis que d’autres se feront un véritable plaisir de parler ouvertement des différentes possibilités de rémunération. Si vous tenez à en parler, attendez la fin de la rencontre ou du moins d’avoir la certitude que vos patrons éventuels ont besoin et envie de vous engager. S’ils n’ont pas le budget pour vous payer, informez-vous sur les bourses d’études et subventions que vous pourriez demander, puisque vous aurez peut-être besoin de leur aide pour les obtenir.

Enfin, n’acceptez aucune offre pendant la rencontre même. Rentrez chez vous. La nuit porte conseil. Rencontrez d’autres chercheurs, essayez de voir quel poste vous conviendrait le mieux et, une fois votre choix fait, envoyez un courriel aux intéressés pour faire part de votre décision.

Quel est le bon moment pour se renseigner sur un poste de recherche pour l’été? 

Si vous voulez travailler en recherche pendant l’été, prenez-vous-y de bonne heure. La plupart des gens commencent à envoyer des demandes en janvier ou en février. Si vous voulez être plus sûr, commencez encore plus tôt. Pour ma part, j’avais commencé à envoyer des courriels à la mi-octobre. Souvenez-vous que si un professeur a promis une place à quelqu’un, il ne pourra peut-être pas accueillir d’autres personnes. Il y a de nombreux avantages à commencer vos démarches tôt. Entre autres choses, vous pouvez visiter plus de laboratoires et avez plus de temps pour penser. Donc, si vous voulez faire de la recherche, je vous recommande fortement de commencer à vous manifester dès que possible.

Devrais-je me joindre à une grande ou à une petite équipe de recherche? 

Tout dépend de vos préférences. Les grands laboratoires ont l’avantage d’avoir accès à beaucoup de ressources, ils sont généralement plus productifs, et vos chances d’être publié (ou du moins d’avoir quelque chose de concret à écrire dans votre CV) sont plus élevées. Vous pouvez également croiser plus de cerveaux, jouer de nombreux rôles différents et, par le fait même, apprendre davantage de procédés. Le hic, avec les grands laboratoires, c’est que vous avez moins de chances de tisser des liens étroits avec le professeur ou le médecin responsable, et les équipes sont en général moins soudées.

Dans un grand laboratoire, vous relèverez probablement d’une autre personne chargée de vous superviser et, dans un très grand laboratoire, vous n’aurez peut-être que rarement des interactions directes avec votre supérieur. Il se peut que ce ne soit pas un inconvénient pour vous. Pour ma part, j’ai toujours travaillé dans des petits groupes, et je pense avoir beaucoup appris en relevant directement du professeur ou du médecin responsable, sans compter que j’ai établi de solides rapports avec eux. D’ailleurs, je suis toujours en contact avec mes anciens patrons, et nous nous voyons à l’occasion. Mon conseil serait donc de trouver un petit laboratoire pour commencer. Plus tard, quand vous serez plus à l’aise et habitué, vous pourrez tenter votre chance dans un plus grand laboratoire. Les deux options sont bonnes, mais vous pouvez certainement essayer les deux pour voir ce que vous préférez.

Devrais-je faire de la recherche le reste de l’année? 

Je vous recommanderais de commencer par un projet d’été à temps plein. Vous profiterez ainsi du genre d’immersion dont vous aurez besoin pour devenir très à l’aise en laboratoire. Si vous faites du bon travail, que vos travaux progressent à un bon rythme et que vous croyez pouvoir continuer à temps partiel pendant l’année scolaire, alors demandez à votre directeur de recherche si vous pouvez le faire. Le travail à temps partiel vous permettra non seulement de poursuivre votre projet, mais aussi de multiplier vos chances de voir vos travaux publiés.
Vous pourrez aussi bâtir des liens importants à long terme avec votre patron et repartir avec une meilleure lettre de recommandation. Il se peut aussi que vous réussissiez à vous faire payer quelques-unes de vos heures.

Outre la recherche, que pourrais-je faire d’autre pendant l’été? 

Profitez de l’été pour vous concentrer sur vos activités parascolaires et explorer de nouveaux horizons. Lisez un livre, regardez une émission ou lancez-vous dans ce nouveau passe-temps que vous avez toujours voulu essayer. Lorsque vous en avez le temps (et aucune obligation scolaire), c’est le moment rêvé pour vous épanouir autrement. Assurez-vous aussi de prendre du temps pour vous. Faites des choses qui, sans nécessairement rehausser votre profil professionnel, vous rendent heureux. Ce qui compte vraiment, c’est votre bonheur, et vous n’y accéderez jamais si vous vous laissez trop absorber par la médecine et le travail. Vous courez un marathon, par un sprint. Il va sans dire que je vous encourage fortement à travailler avec ardeur, mais aussi de vous garder du temps si vous voulez éviter l’épuisement.

Si vous prévoyez passer l’épreuve d’admission aux écoles de médecine (MCAT), vous devrez faire des choix quant à votre emploi du temps, à part l’étude. En ce qui me concerne, j’ai réussi à travailler en recherche à temps plein et à étudier pour le MCAT en plus de faire du bénévolat. Pour certains, ce sera peut-être trop. Vous êtes la personne la mieux placée pour savoir le temps que vous devrez consacrer pour vous préparer à l’examen. La seule chose qui devrait vous préoccuper, c’est d’obtenir la meilleure note possible. L’avantage, en faisant d’autres activités en marge de votre étude, c’est que vous aurez l’impression d’avoir fait autre chose de votre été, à condition bien entendu d’avoir obtenu une bonne note et ne pas avoir à repasser l’épreuve!

Et qu’est-ce que je pense des cours d’été? 

Tout dépend de votre situation personnelle. Certains font des cours d’été pour aller chercher les préalables en médecine qui les inquiètent le plus ou qui pourraient leur manquer. C’est que les cours sont généralement plus faciles l’été, puisque vous n’en suivez qu’un et que, la majeure partie du temps, il n’est pas pris en considération dans le calcul de la moyenne pondérée cumulative (MPC) par bien des universités. Prenons l’exemple classique de l’étudiant qui suit des cours de physique en été parce qu’il en a peu ou pas fait avant l’université. Ce faisant, il pourra se concentrer entièrement sur ce cours et s’assurer de le réussir. Ce peut être une bonne stratégie, surtout si c’est le seul moyen de suivre un cours sans échouer (ni nuire à votre MPC). Toutefois, de façon générale, je trouve que faire des cours d’été n’est pas une bonne idée. À l’université, vous passerez déjà assez de temps en salle de cours à écouter, à prendre des notes et à étudier en vue de vos examens, pour ensuite tout oublier. Alors, employez le peu de temps libre que vous avez à faire autre chose. Vivez des expériences et élargissez votre bassin de compétences. Vous pourrez ainsi faire le plein de motivation et d’énergie pour l’année à venir au lieu de vous épuiser à étudier. Démenez-vous pendant toute l’année, décrochez les notes dont vous avez besoin, puis profitez de l’été. C’est une denrée rare.

Qu’est-ce que je faisais de mes étés? 

Après la première année, j’ai travaillé à temps plein dans un domaine sans lien avec la médecine et j’ai mis de l’argent de côté pour payer mes dépenses. Après la deuxième année, j’ai étudié pour passer le MCAT et occupé mon premier poste à temps plein en recherche. L’année suivante, j’ai accepté un autre poste de recherche, voyagé un peu et regardé tous les épisodes de la série japonaise Narutoen un mois. Mais tous les étés, j’allais m’entraîner au gym, je faisais souvent de la lutte, je donnais des cours privés (j’adore ça) et je me suis efforcé de sortir un peu avec mes amis. Ça m’a permis de rester en bonne santé, heureux, reposé et, surtout, productif. Pendant les études de médecine, les étés sont très différents, car il y a des tonnes de choses que vous pouvez faire. Vous jouissez de beaucoup plus de liberté et de souplesse, selon la spécialité que vous choisirez. Certains étudiants passent leurs étés à voyager tandis que d’autres mènent cinq projets de recherche de front.

En conclusion, peu importe ce que vous choisissez de faire, profitez pleinement de vos étés. Les vraies vacances d’été ne durent qu’un temps; ne les gaspillez pas. En réalité, si vous allez en médecine, il y aura toujours des trucs à régler et des choses à accomplir alors, heureusement, vous aurez les étés pour le faire.

 

Reza Fakhraei

Reza étudie actuellement en première année de médecine à l’Université de Toronto. Au cours de ses études secondaires et universitaires, il a agi à titre de tuteur et de coach, et ce, pendant de nombreuses années. Au début, il tenait un blogue sur son parcours comme étudiant en médecine pour « donner des conseils complets et sans détour à quiconque envisageait d’entrer en faculté de médecine ». Depuis, il a diversifié son propos et parle de plus en plus de la réalité des études en médecine vue de l’intérieur, tant pour le plaisir que pour le bénéfice de ses lecteurs, mais aussi parce que tenir un blogue est un passe-temps agréable qui l’aide à garder l’équilibre.

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