Les programmes d’obligation de service, est-ce pour vous?

August 20, 2019 L'équipe objectifMD

Ces programmes peuvent alléger le remboursement de vos dettes, mais seulement en contrepartie d’un engagement à long terme

Tôt ou tard, tous les futurs médecins terminent leur formation et amorcent leur pratique. Aussi excitante soit-elle, cette transition s’accompagne aussi d’un dur rappel à la réalité, comme la nécessité de rembourser ses dettes d’études. Heureusement, de nombreux programmes fédéraux, provinciaux et territoriaux peuvent alléger ce fardeau en début de carrière, notamment les programmes dits « d’obligation de service ».

Mais de quoi s’agit-il au juste? Pour résumer simplement, ces programmes vous aideront à rembourser vos prêts étudiants si vous acceptez de travailler à un endroit donné pendant une période donnée, un peu comme un athlète professionnel signe un contrat qui l’oblige à jouer pour une équipe donnée. Les conditions de ces programmes varient en fonction notamment de votre province de résidence. En Ontario, par exemple, vous pouvez même signer votre contrat dès votre sortie de la faculté de médecine.

Voici quelques explications qui vous aideront à voir si cette solution vous convient.

De manière générale, les programmes provinciaux, territoriaux et fédéraux d’exonération de remboursement s’adressent surtout aux médecins de famille, car ils ont pour objet de convaincre de jeunes médecins (comme vous) de travailler dans des régions rurales et mal desservies afin d’atténuer les pénuries. L’objectif ultime est d’améliorer l’accès aux soins de santé.

Chaque programme comporte ses propres variantes, mais le principe général est le même : en contrepartie d’un engagement à exercer votre profession dans une localité mal desservie pendant une période donnée, vous obtenez une aide financière, une exemption des intérêts sur vos prêts ou de la formation. Si, pour une raison quelconque, vous ne respectez pas votre engagement, vous devez rembourser tous les coûts associés à votre placement (salaire, avantages sociaux, bourses et intérêts que vous n’avez pas eu à payer sur vos prêts).

L’Ontario offre notamment le Programme d’exemption des intérêts sur les prêts des médecins résidents qui s’applique aux prêts accordés par le gouvernement fédéral ou le gouvernement d’une province ou d’un territoire qui n’ont pas été consolidés en prêts bancaires. Si vous vous inscrivez à ce programme (obligatoirement entre les mois de juin et de septembre), vous n’êtes pas tenu de rembourser le principal (c.-à-d. la somme initialement empruntée) et de payer les intérêts sur vos prêts étudiants pendant toute votre résidence. En contrepartie, vous devez vous engager à travailler en Ontario  pendant cinq ans à la fin de cette période. En prime, le remboursement de vos prêts deviendra exigible uniquement 30 jours après la fin de votre résidence (l’intérêt commencera à s’accumuler seulement à partir de ce moment).  L’attrait particulier de ce programme est qu’il s’adresse aux médecins de toutes les spécialités plutôt qu’aux seuls médecins de famille.

D’autres programmes provinciaux, notamment celui du Manitoba, offrent aux diplômés internationaux en médecine (DIM) un parcours pour obtenir un permis d’exercer dans la province en échange d’un engagement à y travailler (et il leur évite le jumelage du CaRMS pour leur résidence).

En Saskatchewan, le Programme d’incitation au travail en région rurale (site en anglais) offre des primes aux nouveaux médecins (y compris les DIM) qui s’engagent à exercer dans une localité rurale ou éloignée en Saskatchewan. Vous devez satisfaire à certaines conditions, mais en gros, vous toucherez une prime d’au moins 10 000 $ qui augmentera après chaque nouvelle année d’exercice dans la région jusqu’à concurrence de quatre ans.

Ces programmes sont certes attrayants pour un médecin en début de carrière qui a accumulé des dettes parfois supérieures à 100 000 $, mais certains facteurs doivent être évalués avant de vous engager. Voici quelques conseils pour vous aider à prendre une décision éclairée :

Conseil no 1 : Faites examiner votre contrat par un professionnel.

Votre association médicale provinciale ou territoriale offre probablement des services de cette nature qui vous permettront de faire examiner votre contrat gratuitement. L’opinion d’un professionnel du droit vous aidera à mieux comprendre les conditions et les clauses de votre contrat, et les pénalités éventuelles (il y en aura beaucoup). Assurez-vous d’analyser attentivement toutes les clauses et notamment celles portant sur les congés de maternité, car chaque programme traite ces questions différemment.

Conseil no 2 : Analysez les perspectives d’emploi locales.

Ce point peut sembler évident, mais il est souvent négligé. Y a-t-il vraiment du travail pour vous dans la localité en question? Dans certaines spécialités, les possibilités d’emploi ne sont pas nécessairement aussi abondantes qu’on serait porté à le croire, et si vous ne trouvez pas de travail, vous devrez malgré tout rester dans la région pendant la période convenue.

Conseil no 3 : Tenez compte de votre mode de vie.

La médecine en milieu rural peut être vraiment gratifiante. Dans les petites localités, l’accès aux soins de santé est souvent limité et votre arrivée peut faire une différence réelle. Vous apprendrez à connaître vos patients, aussi bien dans votre cabinet qu’en dehors. La vie rurale comporte toutefois sa part de difficultés. Les ressources et le personnel de soutien sont parfois rares, et vous aurez peut-être à assumer des responsabilités additionnelles qui pèseront lourd sur vos épaules, comme de longues heures de garde et de nombreuses tâches administratives.

Le travail en région rurale pourrait aussi vous éloigner de votre famille et de vos amis, sans mentionner l’éventail de services et d’activités auxquels vous n’aurez peut-être pas accès dans une petite localité. Si vous avez une famille, il importe de vous assurer qu’il y aura du travail pour votre conjoint et de vous informer sur les écoles locales. Votre décision pourrait être lourde de conséquences…

Conseil no 4 : Faites vos recherches!

Heureusement, il existe de nombreux moyens pour réunir toute l’information dont vous avez besoin pour prendre cette décision. Allez sur place visiter les lieux pour voir comment vous vous y sentez (les « bonnes vibrations » sont bien réelles) et discutez avec des collègues qui ont déjà fait un remplacement dans cette région. N’oubliez pas non plus d’évaluer avec votre conseiller MD* l’économie que vous ferez en participant à l’un de ces programmes. Avec des chiffres précis, vous verrez plus clairement si cette option en vaut le coup.

Rembourser ses dettes d’études est un défi énorme, mais s’engager à vivre et à travailler dans une petite localité l’est tout autant. Les programmes d’obligation de service sont parfois la solution idéale pour certains jeunes médecins désireux d’accélérer le remboursement de leurs dettes, mais pour d’autres, l’engagement à long terme et le mode de vie d’une petite ville seront un frein important. Au bout du compte, vous seul êtes en mesure de décider si le jeu en vaut la chandelle.

* « Conseiller MD » désigne un conseiller financier de Gestion MD limitée (au Québec, un conseiller en placement) ou un gestionnaire de portefeuille de Conseils en placement privés MD.

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