Vaincre le syndrome de l’imposteur dès les études de médecine

July 23, 2019

 

La Dre Nancy Yen Shipley, chirurgienne orthopédiste et conférencière, écrit que, à l’époque où elle était étudiante en médecine, une petite voix dans sa tête lui disait : « Ils vont te démasquer, imposteur! »

Ce doute de soi, désigné sous le nom de « syndrome de l’imposteur », peut vous tenailler encore longtemps après la fin de vos études. Malgré leurs nombreuses réalisations, les personnes atteintes du syndrome de l’imposteur n’ont pas le sentiment d’être si brillantes que ça et se demandent comment elles ont réussi à tromper tout le monde.

« Même quand j’ai commencé comme médecin à voir des patients, j’étais habitée par cette peur », révélait récemment la Dre Yen Shipley dans son blogue (en anglais). Encore aujourd’hui, elle s’étonne parfois que des gens la considèrent comme une mentore.

Le syndrome de l’imposteur peut frapper n’importe quel professionnel, sans égard au domaine. Les médecins y sont toutefois particulièrement vulnérables, et c’est peut-être parce que, en médecine, l’excellence est littéralement une question de vie ou de mort.

Selon une étude canadienne publiée en 2018 dans la revue Academic Medicine, le syndrome de l’imposteur est le résultat d’une autoévaluation inexacte du médecin, qui pose problème lorsqu’elle altère sa réceptivité des rétroactions réelles reçues. Le médecin, par ailleurs parfaitement compétent et efficace, qui est assailli sans raison par le doute risque de saboter sa motivation et sa productivité.

Les femmes et les minorités : des candidates faciles

Le concept du syndrome de l’imposteur a été évoqué pour la première fois dans une étude publiée en 1978, où il était plutôt question du « phénomène de l’imposteur » chez les femmes. Les auteures, Pauline Clance et Suzanne Imes, psychologues, se sont intéressées au sentiment d’imposture intellectuelle chez des femmes accomplies et ont constaté que certaines dynamiques familiales vécues dans l’enfance et l’exposition ultérieure aux stéréotypes sexuels de la société pouvaient contribuer de façon importante à l’apparition du phénomène de l’imposteur.

Les choses ont beaucoup évolué depuis 40 ans, mais certains signes portent à croire que le syndrome de l’imposteur touche davantage les femmes et les minorités que les hommes.

La Dre Suzanne Koven, médecin de première ligne et écrivaine en résidence au Massachusetts General Hospital, a qualifié le phénomène de typiquement féminin dans son article «  Letter to a Young Female Physician » (lettre à une jeune médecin), publié dans le New England Journal of Medicine.

Dans sa lettre, elle dit à la jeune version d’elle-même ce qu’elle aurait aimé savoir à l’époque : « Je crois que la peur de l’imposture chez les femmes et les hommes est la même, à une différence près : nous, les femmes, avons tendance non seulement à persévérer malgré nos lacunes, mais aussi à déprécier nos forces. »

Des moyens efficaces pour s’en défaire

Femme ou homme, si vous souffrez du syndrome de l’imposteur, vous pouvez en atténuer les effets, à condition de vous y employer. Comme pour toute nouvelle compétence, il faut s’exercer pour devenir meilleur.

Rappelez-vous vos bons coups. Par exemple, dans sa lettre à elle-même, la Dre Koven admet qu’elle aurait dû perdre moins de temps à douter d’elle-même et davantage s’apprécier et accueillir favorablement la reconnaissance de ses patients.

Regardez à travers les yeux des autres.  La Dre Yen Shipley suggère de vous demander comment les autres vous décrivent, voire de leur poser directement la question. « Qu’est-ce qui est facile pour vous, mais ardu pour les autres?, ajoute-t-elle. Les gens vous demandent conseil pour quoi? Une fois ce constat fait, vous aurez sous les yeux les outils nécessaires pour faire taire la petite voix en vous qui vous empêche d’aller de l’avant. »

Parlez-en. Vous verrez que vous n’êtes pas seul au monde. Demandez aussi l’aide de vos professeurs (si vous êtes toujours en formation) et de vos mentors (si vous débutez comme médecin).

Apprenez à aborder les choses autrement. Si vous commettez de vraies erreurs, tâchez de considérer ces échecs comme des expériences d’apprentissage qui contribueront à votre épanouissement professionnel.

Et si ça ne marche pas, repensez à ce passage de la lettre de la Dre Koven à elle-même : « Chère jeune collègue, tu n’es pas un imposteur. Tu es un être humain unique, avec ses défauts, ayant reçu une excellente formation et dotée d’un sens du devoir admirable. Ta formation et ton sens du devoir te seront fort utiles, mais ton humanité le sera encore plus pour tes patients. »

 

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