FR Menu icon FR Close icon
Skip to main content

MISE À JOUR SUR LA COVID-19 : Une initiative pour la recherche de contacts en Alberta fait sensation

Franco Rizzuti se préparait bien avant tout le monde à la pandémie de COVID-19. Résident en médecine préventive et en santé publique, il travaillait déjà à la mi-janvier à un plan d’intervention alors que l’idée même d’une pandémie qui paralyserait le monde entier relevait encore de la science-fiction. Il faut bien se rendre à l’évidence, la fiction a rapidement dépassé la réalité. Quand les premiers cas se sont déclarés en Alberta au début mars, le processus opérationnel en place pour assurer le suivi du virus (contacter les gens infectés, savoir où ils se sont rendus et avec qui ils ont été en contact, leur donner des directives sur l’auto-isolement et assurer un suivi) a été mis à rude épreuve. Franco et son équipe, relevant d’un groupe plus vaste, se sont soudainement retrouvés avec du pain sur la planche. 

Dans les douze premières heures, ils ont réussi à mettre sur pied une équipe de 20 étudiants en médecine pour répondre bénévolement aux appels. 150 étudiants de l’Université de Calgary se sont ensuite joints à eux, suivis quelques semaines plus tard d’autres bénévoles de l’Université de l’Alberta. Pour respecter les consignes de distanciation physique dans les locaux des Services de santé de l’Alberta (AHS) et protéger leurs proches immunodéficients, certains étudiants chargés de retracer les déplacements des gens travaillaient à distance. D’autres étudiants prêtaient main-forte même s’ils étaient à l’extérieur de la province. Les effectifs dans la lutte contre les maladies infectieuses en Alberta ont quadruplé, grâce au soutien des étudiants. Des travailleurs paramédicaux, redéployés par AHS, ont également joint leurs rangs par la suite. 

Manal Sheikh était en plein stage de chirurgie générale à Toronto quand le premier appel au bénévolat a été lancé.  Durant mon stage, il était déjà question d’économiser l’équipement de protection individuelle et d’annuler des chirurgies non urgentes. J’avais nettement l’impression que les choses étaient sur le point de changer. J’ai tout de même été surprise quand c’est arrivé.  Même si elle se trouvait dans un autre fuseau horaire, elle a compris l’urgence de la situation et, comme bon nombre d’étudiants en médecine, elle voulait contribuer à l’effort collectif par tous les moyens possibles.  La pratique en santé publique diffère beaucoup de ce que l’on apprend dans les livres. J’ai pu discuter avec les gens touchés par le virus et les aider à s’y retrouver dans cette situation des plus complexes tout en étant consciente du rôle que jouent les facteurs sociaux dans la santé. L’avantage de la recherche de contacts, c’est le maintien du contact humain avec les gens. 

Takshveer Singh s’est joint à l’initiative le second jour. De son propre aveu, l’équipe a dû faire preuve d’ingéniosité et travailler sans relâche pour faire de l’initiative un processus bien rodé.  Nous avions parfois l’impression de perdre nos repères, surtout au début, mais nous avons réussi à accomplir beaucoup en travaillant en équipe et en faisant preuve d’une grande faculté d’adaptation.   Les directives gouvernementales et les objectifs changeant rapidement, nous ne savions pas toujours à quoi nous attendre, mais nous étions prêts à travailler dur pour réussir.  Tout le monde essayait de trouver la façon de mettre en œuvre un programme durable tout en jonglant avec une charge de travail imprévisible. Et même si nous avons parfois dû improviser par manque d’information, j’ai été sans cesse impressionné par le constant dévouement de mes collègues. 

Selon Skye Russell, une autre étudiante bénévole, l’expérience lui a permis de voir la situation d’un autre œil.  Avoir la possibilité de prendre soin des patients est chaque fois un privilège; contacter les gens nous a permis de contribuer à l’effort collectif même si nous ne pouvions pas travailler en première ligne.  L’expérience a renforcé sa confiance dans sa capacité à exercer la médecine.  À titre d’étudiants en médecine, nous devons faire confiance à la formation que nous recevons et savons que nous sommes des personnes intelligentes et capables; il suffit de prendre une décision au bout du compte. Discuter avec les gens est un des aspects essentiels de la médecine. Développer cette compétence dans un contexte de crise sanitaire et de recherche de contacts a été des plus formateurs. 

Jasleen Nijjar n’a pas hésité une seconde dès le moment où l’on a fait appel à des bénévoles. En participant à l’initiative, Jasleen a beaucoup appris sur le fonctionnement des coulisses du système de santé publique.  Je pense que nous étions nombreux à ne pas savoir vraiment dans quoi nous nous embarquions; nous voulions seulement offrir notre aide par tous les moyens possibles. Les employés de la Santé publique travaillent sans relâche en arrière-plan et gèrent le tout si bien que l’on ne s’en rend même pas compte. Au cours des derniers mois, nous avons acquis une meilleure compréhension des compétences essentielles pour travailler en santé publique, comme avoir d’excellentes aptitudes à la communication, être capable de communiquer avec les gens dans la langue de leur choix et tenir compte du rôle déterminant des facteurs sociaux dans les questions de santé, surtout dans les populations à risque. J’espère reprendre mes stages hospitaliers en ayant ces acquis à l’esprit. 

Dans le cadre de l’initiative, 300 étudiants ont été formés pour effectuer la recherche de contacts. Ils ont été fantastiques, déclare Franco.  Leur efficacité et leur capacité à apprendre font que les étudiants en médecine ont toutes les compétences requises pour la recherche de contacts. Ils savent quels renseignements sont pertinents et lesquels ne le sont pas. Ils ont obtenu des renseignements que beaucoup d’autres personnes non formées n’auraient peut-être pas découverts.  De plus, le fait qu’un grand nombre d’entre eux ont pu si rapidement se mobiliser, apprendre ce qu’il fallait et se mettre rapidement au travail a joué un rôle clé pour alléger la pression exercée sur le système de santé publique.  Au tout début, nous étions dépassés face à quatre ou cinq nouveaux cas au petit matin, alors que maintenant, nous parvenons aisément à traiter 100 à 150 cas par jour. 

Le modèle que les étudiants ont mis sur pied a fait sensation, alors même que les organismes de santé publique partout dans le monde cherchaient les meilleurs moyens de suivre la propagation d’un virus au sein des communautés. « Parce que notre modèle a fait ses preuves, nous travaillons avec la Fédération des étudiants et des étudiantes en médecine du Canada et les responsables de la santé publique pour l’étendre partout au pays. Des organismes américains et anglais ont même fait appel à Richelle Schindler, médecin résidente en chef de notre groupe, pour savoir comment mettre en place le même système que nous. 

Les gens ont à cœur d’aplanir la courbe », précise Jasleen. « À la fin des appels, les gens me disent toujours de faire attention à ma santé ». Dans la tourmente, avoir foi dans l’humanité peut faire des miracles. 
 

Collaborateurs : 

  • Franco Rizzuti, B. Sc., M.D., résident en médecine préventive et en santé publique
  • Jasleen Nijjar, étudiante en médecine, promotion 2021
  • Manal Sheikh, étudiante en médecine, promotion 2021
  • Skye Russell, étudiante en médecine, promotion 2021
  • Takshveer Singh, étudiant en médecine, promotion 2021