La faculté de médecine, d’hier à demain

November 1, 2019 L'équipe objectifMD

En quoi la faculté de médecine a-t-elle changé depuis un siècle?

Retournons en arrière, si vous le voulez bien. Loin en arrière, jusqu’en 1910.

Au début du siècle dernier, les facultés de médecine en Amérique du Nord ne faisaient l’objet d’aucun effort de normalisation. Les établissements et organisations censés former les médecins faisaient comme bon leur semblait. Résultat? Des programmes disparates produisaient des médecins aux conceptions également disparates de la façon dont la médecine devait s’exercer.

Puis, en 1910, l’enseignant américain Abraham Flexner s’est vu confier le mandat d’évaluer chacune des 155 facultés de médecine du Canada et des États-Unis. Ses conclusions, publiées dans le tristement célèbre rapport Flexner, allaient transformer le visage de l’enseignement médical pour les cent années à venir et au-delà.

M. Flexner n’y est pas allé de main morte. Bien qu’il ait félicité quelques-unes des facultés pour leur excellence et les ait utilisées comme modèles pour la réforme (McGill et Toronto, entre autres), il en a cependant critiqué vertement bien d’autres, qualifiant notamment les quatorze facultés en activité à Chicago d’« abominations » et de « honte pour l’État dont les lois permettent leur existence même » [traduction libre].

Parmi les changements ayant découlé du rapport Flexner, citons la fermeture de plus de 120 facultés de médecine et un resserrement spectaculaire des critères d’admission (oui, c’est à cet homme que nous devons les moyennes pondérées cumulatives [MPC]) ainsi que l’uniformisation des programmes d’études, dont l’objectif était de veiller à ce que tous les futurs médecins reçoivent la même formation et pratiquent de la même manière.

C’est ainsi que la faculté de médecine moderne a vu le jour : processus d’admission compétitif, étude dans les manuels scolaires à la maison et apprentissage collaboratif en classe, stages cliniques, etc. Aujourd’hui, toutefois, avec la technologie qui évolue à une vitesse exponentielle, la transformation démographique qui se poursuit et les nouveaux défis en matière de soins de santé, l’univers de l’enseignement de la médecine subit une évolution rapide. Qu’est-ce que ça veut dire pour les aspirants-médecins qui se demandent où présenter une demande d’admission (ou s’ils doivent le faire) et les étudiants qui commencent à peine leur formation en médecine?

D’entrée de jeu, force est d’admettre qu’il n’a jamais été aussi difficile d’entrer en médecine. Les demandes d’admission en médecine sont plus nombreuses que jamais (elles sont passées de 8 386 en 1985 à 13 929 en 2018), et le pourcentage de candidats à recevoir au moins une offre diminue de plus en plus (il est passé de 23 % à 19 % pour la même période).

Les méthodes de recrutement et d’admission des étudiants changent également. Quiconque a déjà présenté une demande d’admission sait à quel point le processus est rigoureux (et souvent décourageant). Depuis toujours, les universités mettent l’accent sur des critères davantage objectifs pour évaluer les candidatures comme les notes (y compris celles au MCAT), les reconnaissances, les réalisations et, plus récemment, les entrevues individuelles où ces notes, reconnaissances et réalisations sont examinées. Jusque-là, tout allait bien, sauf qu’il a été démontré que ces façons de faire désavantageaient les candidats « racialisés » et défavorisés.

Dernièrement, après avoir analysé ses données d’admission, l’Université du Manitoba a par ailleurs constaté que les étudiants de race blanche issus de familles aisées des centres urbains avaient plus de chances d’être invités en entrevue [article en anglais] et de recevoir une offre d’admission. Pourquoi? Eh bien, lorsque vous avez les moyens de payer les services de professionnels pour vous préparer au MCAT et à l’entrevue (et n’avez pas à travailler à temps partiel ou à temps plein pour payer les droits d’inscription), il y a des avantages indéniables.

Pourtant, si elles tiennent absolument à recruter les candidats les meilleurs et les plus brillants pour alimenter la prochaine génération de médecins, les universités devront regarder dans les autres secteurs pour voir comment les entreprises parviennent à attirer les étudiants les plus prometteurs. Les grandes sociétés technologiques comme Google et Facebook sont réputées pour faire abstraction des curriculum vitæ en entrevue et se concentrer plutôt sur la créativité, les aptitudes en communication et l’esprit critique des candidats.

Les mini-entrevues multiples, ou MEM, sont un exemple de méthode qu’adoptent de plus en plus les universités en ce sens pour évaluer les candidats. Elles ont été mises au point ici, au Canada, par l’Université McMaster, qui les a créées précisément pour évaluer les candidats en médecine. Pendant les MEM, les candidats doivent exécuter un parcours de plusieurs stations où ils doivent s’entretenir brièvement et individuellement avec les intervieweurs. Il semble que cette méthode permette bel et bien d’évaluer plus efficacement les habiletés non cognitives, relationnelles et éthiques et, surtout, de mieux prédire non seulement la qualité d’un candidat comme étudiant en médecine, mais aussi comme futur médecin. Depuis sa mise en place en 2004, la formule des MEM a été adoptée par les facultés de médecine, de médecine dentaire, de pharmacie et même de médecine vétérinaire dans le monde entier.

Et qu’en est-il de la faculté de médecine même? Comment l’enseignement de la médecine a-t-il évolué au fil des ans? Eh bien, l’organisation des facultés de médecine s’est passablement transformée au cours des dernières décennies. L’accès aux données et leur analyse étant facilités grâce à la technologie, l’acquisition de connaissances empiriques est en train de céder la place à l’expérience pratique en contexte réel. De même, de plus en plus, l’accent est mis sur l’apprentissage fondé sur l’étude de cas, et l’expérience clinique débute tôt. Les étudiants sont mis en présence d’un éventail beaucoup plus vaste de contextes, de situations et de méthodes d’apprentissage. Bref, les étudiants en médecine sont appelés à acquérir des compétences plutôt qu’un bassin de connaissances. Il ne s’agit pas de savoir, mais bien de savoir-faire.

Pourquoi est-ce important? C’est que la médecine progresse à un rythme tel que l’approche employée aujourd’hui risque d’être dépassée dans un an. Les protocoles sont désormais éphémères.

Les progrès technologiques apportent aussi leur lot de changements. Pas plus tard que l’an dernier, plusieurs universités américaines ont abandonné la pratique classique de la dissection humaine [article en anglais] pour la remplacer par un outil de réalité virtuelle permettant l’exploration tridimensionnelle du corps humain, et ce, sans se souiller les mains (ni en humer les... effluves).

Grâce à cette technologie, les étudiants peuvent se faire une idée plus claire, plus complète de l’anatomie humaine. Ils peuvent utiliser les outils de réalité augmentée non seulement pour examiner un organe sous tous ses angles, mais aussi pour explorer ses liaisons avec les autres systèmes vitaux et même l’observer en action (ce qui, faut-il le préciser, est impossible sur un cadavre).

On se croirait dans une série de science-fiction dépeignant un monde idéal. Il y a néanmoins des inconvénients. La réalité virtuelle permet de voir bien des choses, mais elle ne saurait rendre véritablement le sens de la profondeur et de la texture et encore moins les variations naturelles de l’anatomie humaine auxquelles les médecins seront exposés tout au long de leur carrière. N’oublions pas non plus qu’il y a un certain détachement par rapport à la réalité qu’implique l’interaction avec des corps humains en chair et en os, réalité dans laquelle tout médecin sera plongé tôt ou tard.

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