L’art de prendre des décisions importantes (sans regrets)

July 19, 2019 Niem Huynh, PhD, PPCC

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

Oubliez le mythe du bon et du mauvais choix en vous posant les questions qui importent vraiment

La vie nous offre une multitude de choix; nous sommes donc sans cesse amenés à prendre des décisions. Certaines sont assez banales, comme la sélection d’un restaurant pour le dîner, alors que d’autres méritent mûre réflexion, comme le choix d’une spécialité pour la résidence. Souvent sources d’autocritique et d’incertitude, les grandes décisions vous laissent en quête d’un signe approbateur. C’est d’ailleurs une question que me pose souvent à mes clients : comment savoir si je fais le bon choix?

La prise d’une décision importante requiert certains éléments : l’accès à des renseignements pertinents, une bonne connaissance de soi et du temps, notamment. Le processus demande un grand travail d’introspection, et vous pourriez toujours douter de vous au bout du compte. Est-ce que je prends la bonne décision? semble être une question innocente, car la réponse devrait être si simple – la décision est soit « bonne » soit « mauvaise », comme le voudrait la philosophie manichéenne. Les choses se compliquent cependant lorsqu’on tente de définir ce qu’est, dans les faits, un « bon » choix. 

En vérité, la seule façon d’être certain de prendre la « bonne » décision serait de faire un choix, d’observer ce qui se passe, puis de retourner dans le temps pour faire d’autres choix et ensuite comparer les résultats. Il est ainsi pratiquement impossible de catégoriser sans l’ombre d’un doute une décision comme étant « bonne » ou « mauvaise ».  

Je vous propose donc, quand vous êtes à la croisée des chemins, de considérer la situation sous un nouvel angle. Et si vous vous demandiez plutôt : « À quoi ressemble la meilleure option pour moi? »

Bien des sages ont prodigué leurs conseils sur la prise de décision. Une recommandation courante est de faire la liste des pour et des contres. Si vous avez déjà employé cette méthode, vous avez peut-être remarqué qu’on trouve beaucoup plus de points positifs à l’option pour laquelle on penche. En tant qu’êtres humains, nous avons des préférences et certains éléments nous échappent, ce qui vient brouiller notre vision de l’avenir. 

Le recul nous permet toutefois d’y voir plus clair; forts de nos expériences passées, nous arrivons à voir les choses différemment. Malheureusement, nombreuses sont les décisions qui doivent être prises à la hâte. Comment alors rester lucides au moment de trancher?   

Les pistes de réflexion proposées ici sont issues des techniques de coaching professionnel et personnel. Dans mon travail, le déroulement de la conversation avec les clients dépend essentiellement de leurs réponses à mes questions, qui ont pour but de pousser leur réflexion plus loin. À un certain moment, la confusion disparaît, ils ont une révélation, et leurs idées sont démêlées. Les clients retrouvent alors la clarté d’esprit nécessaire pour proposer des solutions aux difficultés qu’ils m’ont mentionnées. Cette évolution est possible grâce à deux moyens qu’il faut utiliser avant la prise d’une décision. Les voici :

  1. Demander l’information sans détour. 

Rassemblez l’information dont vous pensez avoir besoin pour mieux comprendre le contexte. Posez des questions directes et attendez-vous à recevoir des réponses tout aussi franches. Vous gagnerez du temps, et votre interlocuteur pourra vous donner une réponse claire à une question précise. Par exemple :

« Cet hôpital propose-t-il un programme de résidence concurrentiel? »

Il s’agit ici d’une question fermée, donc à laquelle on ne peut répondre que par oui ou par non. L’objectif de la question est flou, et la réponse dépendra de l’interprétation du mot « concurrentiel ».

« Comment a été votre résidence dans cet hôpital? » 

Il s’agit, cette fois, d’une question claire et directe à propos d’une expérience personnelle. Comme elle est ouverte, elle laisse place au développement de la pensée. 

Les questions ouvertes sont utiles pour recueillir de l’information complète et pertinente. Elles permettent à la personne d’exprimer ce qui lui vient réellement à l’esprit, sans imposer de contrainte à sa pensée ni orienter sa réponse par mégarde. Avec une écoute et une observation attentives, la réponse offre au moins deux niveaux d’information : son contenu et la façon dont celui-ci est communiqué. Prenons pour exemple les questions ci-dessus. Bien que les résidents vous affirment qu’ils apprécient leur stage à cet établissement, leur langage corporel peut, quant à lui, laisse entrevoir une réalité légèrement différente (absence de sourire, bras croisés, roulement des yeux). Afin d’obtenir des points de vue complémentaires et ainsi d’éviter que des éléments ne vous échappent au cours de votre collecte d’information, posez des questions directes à des gens occupant divers postes. 

  1. Être authentique et honnête.

La meilleure option est habituellement celle qui vousconvient le mieux. Mais comment déterminer ce que vous voulez réellement? Pour y arriver, plongez au cœur de l’hésitation et prenez conscience des pensées et des sentiments pouvant obscurcir votre jugement en posant des questions chargées de sens. Les questions du genre, malgré leur portée générale, ont pour but de vous guider vers une réponse en particulier en vous aidant à repérer les éléments qui pourraient vous échapper et en vous poussant à remettre en cause vos idées préconçues. 

Lorsqu’un choix se présente à vous, reformulez la question pour qu’elle intègre des éléments liés au résultat escompté. Par exemple, au lieu de vous demander « Est-ce que je prends la bonne décision? », une question d’ordre général qui repose sur un jugement de valeur (bien ou mal), optez pour une question plus précise comme « Quelle décision me donnera l’occasion d’interagir beaucoup avec les patients? » De cette façon, vous tiendrez compte des aspects qui vous permettront de déterminer ce que vous recherchez réellement. Voici quelques exemples : 

Voyons maintenant comment ces questions sont mises en pratique dans une situation réelle. 

Étude de cas 1

Récemment, la Dre Fan m’a confié qu’elle peinait à trouver un programme de résidence qui lui convenait. Elle s’est spécialisée en pathologie pendant deux ans avant de faire le saut en médecine familiale. Son engouement pour la recherche et sa fascination pour la chirurgie l’ont tout naturellement menée à mettre la neurochirurgie comme premier choix. Elle n’a cependant pas été jumelée et a donc accepté son deuxième choix : la pathologie. Ce programme l’avait attirée par le défi intellectuel et l’étendue de la recherche qui y étaient associés. La Dre Fan a cependant commencé à déchanter en s’apercevant qu’elle passait la majorité de son temps à chercher à établir un diagnostic sur la lame d’un microscope plutôt qu’à interagir avec les patients. Elle travaillait seule dans un cubicule, se sentait isolée et n’était pas en mesure de servir une communauté défavorisée, comme elle l’avait toujours souhaité.

Avec du recul, la Dre Fan a calmement déclaré que la résidence en pathologie n’était pas la meilleure option. Selon elle, la bonne décision devait s’accorder tant avec sa personnalité qu’avec ses intérêts. Aujourd’hui, elle considère cette expérience comme enrichissante etconseille de prendre en compte autant les aspects personnels que professionnels au moment de faire un choix.

Retournons au moment où la Dre Fan faisait la sélection de ses stages. Quelles questions aurait-elle pu se poser pour explorer plus en profondeur les différentes options et vérifier qu’elles cadraient avec sa personnalité et à ses objectifs professionnels?

Étude de cas 2

En coaching professionnel et personnel, la réflexion dirigée joue un rôle important. Le type de questions, leur ordre et le moment auquel elles sont posées sont trois facteurs qui aident à découvrir des éléments d’information insoupçonnés et à offrir de nouvelles perspectives. Voyons à quoi ressemble une conversation de coaching et comment ce procédé peut vous aider à prendre vos propres décisions.

Dans l’exemple suivant, un coach dirige la réflexion d’un médecin résident afin de l’aider à choisir ses stages.

Qu’est-ce qui vous préoccupe aujourd’hui?

La résidence. Je veux faire les bons choix, surtout pour mon programme. J’hésite entre trois spécialités : la médecine interne, l’anesthésiologie et la chirurgie cardiaque.

Que signifie le « bon choix » pour vous? 

Je cherche une spécialité que je serai heureux de pratiquer pour les 30 à 40 prochaines années. Je souhaite également que mon travail soit stimulant sur le plan intellectuel et gratifiant. C’est pourquoi je tiens à faire assez de stages pour être en mesure de déterminer où je me vois dans un avenir lointain.

Que signifie « gratifiant » pour vous?

C’est faire une différence dans la vie des gens. Tous ces domaines me permettraient d’y arriver, mais à différents niveaux. Dans certains cas, il s’agit de situations de vie ou de mort. Dans d’autres, c’est moins dramatique, mais j’aurais tout de même l’occasion d’améliorer énormément la qualité de vie de patients. Je souhaiterais aussi accompagner les patients tout au long du continuum de soins.

Pourquoi ce sujet est-il aussi important pour vous en ce moment?

Je suis à un tournant de ma vie d’étudiant en médecine. Dans trois mois, je commencerai un externat qui comprend des stages obligatoires et optionnels. Je souhaiterais déterminer ceux qui me donneront les meilleures chances d’être admis dans la spécialité de mes rêves à l’université de mon choix, tout en me permettant de découvrir des spécialités qui pourraient me passionner, mais auxquelles je n’ai jamais pensé.

Dans neuf mois, comment saurez-vous que vous avez atteint votre objectif?

J’aurai en poche six mois d’externat et quelques stages à mon actif. Ces expériences m’auront permis de tirer d’importantes leçons, et ce, même si les spécialités n’ont rien à voir avec les trois qui m’intéressent actuellement. Je crois que j’en aurai appris davantage sur moi-même, et plus précisément sur ce qui m’intéresse le plus (ou ne m’intéresse pas du tout). Ces connaissances m’aideront dans mes prochains choix de stages, ou pourraient même me pousser à changer mes sélections (si possible). Par exemple, si je découvre que je ne suis pas à l’aise dans une salle d’opération, je laisserai de côté les spécialités comme l’anesthésiologie et la chirurgie cardiaque. Donc, dans neuf mois, j’aurais une meilleure connaissance de moi-même et des éléments qui me plaisent et me déplaisent, ce qui me permettra d’être confiant dans mes décisions relatives aux stages.

Chaque jour, nous prenons de nombreuses décisions. Certaines sont sans grande importance (ex. : quelles céréales vais-je manger ce matin?), d’autres pourraient complètement changer le cours de notre vie. Mais, n’ayez pas peur. Plongez plutôt dans ce monde de possibilités et célébrez le fait que toutes ces options s’offrent à vous. Chacune d’entre elles pourrait être la « bonne » décision : tout dépend de ce que vous en ferez.

 

Niem Huynh, Ph. D., PPCC

Investigatrice, preneuse de risques (calculés), coach professionnelle et personnelle certifiée, Niem Huynh a occupé toutes sortes d’emplois. Elle a notamment été professeure, conseillère d’orientation professionnelle et recruteuse de diplômés. Son parcours l’a amenée à travailler aux États-Unis, au Japon, à Singapour, au Vietnam et au Canada, où elle est maintenant de retour. Ces expériences lui ont permis d’ajouter des cordes à son arc.En plus d’avoir un curriculum vitæ diversifié, elle excelle à l’animation d’ateliers sur la croissance professionnelle et personnelle. Redoutable concurrente aux concours d’art oratoire, elle est aussi douce quand elle raconte des histoires à son fils.

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