Intelligence artificielle et médecine : toute la vérité

November 21, 2019 L'équipe objectifMD

L’intelligence artificielle (IA) : outil médical précieux ou menace pour les médecins qui l’utilisent?

Un algorithme peut-il remplacer un médecin?

Il y a à peine quelques années, cette question relevait de la science-fiction. Toutefois, avec l’augmentation exponentielle de la puissance des ordinateurs et de la quantité de données que nous collectons sur tout, de nos habitudes alimentaires au nombre de pas que nous faisons, la question est plutôt : en sommes-nous déjà là?

Il est d’ores et déjà acquis que les algorithmes d’apprentissage automatique (une branche de ce qu’il est convenu d’appeler « l’intelligence artificielle ») peuvent établir des diagnostics (de cancer et de diabète, entre autres) en interprétant des mammographies et des lectures rétiniennes numérisées. Vous serez peut-être surpris d’apprendre que ces prouesses de l’intelligence artificielle ne constituent que la pointe de l’iceberg. Comme la technologie continue d'évoluer, c’est possible que l’interprétation d’images médicales représente la base de l’apprentissage automatique.

Mais pour les simples mortels sans diplôme en génie informatique que nous sommes, il est normal de nous sentir un peu dépassés. Revenons donc un peu en arrière pour mieux comprendre cette fusion entre intelligence artificielle et médecine qui s’opère sous nos yeux, et les orientations qu’elle pourrait prendre.

Le terme « apprentissage automatique » le dit : il s’agit d’inférences tirées de l’étude des structures détectées dans un corpus important d’ensembles de données, y compris des modèles statistiques et d’autres algorithmes. Cela vous semble familier? Normal! C’est fondamentalement le principe à la base des méthodes diagnostiques traditionnelles des médecins : procéder à des déductions en s’appuyant sur des données observables et sur les modèles statistiques disponibles.

Il existe cependant une différence de taille. Les médecins sont limités par la capacité du cerveau humain de stocker de l’information et d’y accéder, et doivent donc s’en remettre à des méthodes établies (mais éprouvées). Un programme d’intelligence artificielle peut quant à lui analyser instantanément une quantité phénoménale de données allant des résultats de recherches médicales en cours et historiques aux dossiers médicaux en passant par les demandes d’indemnisation aux assureurs, et faire des corrélations hors de portée de l’être humain (sauf peut-être le jeune médecin de la série télévisée Le Bon docteur, un cas particulier… et totalement fictif!).

Pourquoi ces structures et ces liens sont-ils importants? Parce qu’ils accélèrent considérablement les analyses du médecin qui a rapidement une idée plus nette des options d’interventions et de traitements qui s’offrent à lui.

Les avantages de l’intelligence artificielle ne se limitent cependant pas au diagnostic. Cette capacité de détecter de nouvelles formes dans les fonctions du corps humain pourrait un jour modifier la manière dont nous approchons les interventions chirurgicales et réparons les systèmes biologiques endommagés.

Alors, l’intelligence artificielle est-elle un simple outil ou se substituera-t-elle au médecin?

Quel que soit l’angle sous lequel on envisage la question, les algorithmes d’apprentissage automatique redéfiniront presque assurément l’exercice de la médecine au cours des prochaines décennies. Avec la généralisation de l’IA dans les cliniques et hôpitaux, certaines pressions auxquelles sont soumis les médecins s’atténueront. À brève échéance, ils seront notamment libérés du fardeau de mémoriser des masses de données empiriques.

Dans ce contexte, la capacité du médecin de communiquer clairement l’information à ses patients deviendra vitale. La qualité de la relation avec les patients deviendra probablement une qualité encore plus essentielle pour les médecins, et la créativité dans la résolution des problèmes (et plus précisément, la capacité d’utiliser les connaissances avec un maximum d’efficacité) deviendra l’emblème de l’efficacité médicale.

Les capacités prédictives de l’IA commencent également à proliférer. Certains modèles d’apprentissage profond sont d’ores et déjà en mesure de prédire des cancers du sein jusqu’à cinq ans avant leur éclosion avec une précision encore plus élevée que les modèles cliniques actuels. Les scientifiques développent aussi actuellement des systèmes pour surveiller les personnes atteintes de sclérose en plaques et de la maladie de Parkinson, et peuvent prédire si une personne développera ou non la maladie d’Alzheimer.

Toutefois, comme tout ce qui touche de près ou de loin la santé, ces nouvelles capacités viennent avec leur lot de questions éthiques sur les abus ou sur l’utilisation à mauvais escient des données sur les patients. Ainsi, si un algorithme estime que vous êtes à risque de développer une maladie chronique comme le diabète, votre assureur pourrait-il sur la base de cette information vous imposer une prime plus élevée? Si le modèle d’apprentissage profond susmentionné indique que vous êtes susceptible de développer un cancer d’ici cinq ans, un employeur éventuel pourrait-il y penser à deux fois avant de vous offrir un poste?

Certains s’inquiètent d’une éventuelle prise de contrôle de la médecine par l’IA au détriment des cliniciens. D’autres estiment que de nombreux modèles d’IA souffrent des mêmes lacunes que les personnes qui les ont créés. Comme les algorithmes d’apprentissage automatique dépendent des ensembles de données qu’on leur fait ingurgiter, ils sont en effet susceptibles de reproduire les préjugés des médecins humains. Par exemple, certains algorithmes alimentés d’ensembles de données portant surtout sur des patients caucasiens sont beaucoup moins efficaces dans l’établissement de diagnostics chez des non-blancs.

À tout le moins, voilà qui démontre que l’intégration de l’IA n’est pas une panacée qui résoudra tous les problèmes actuels du domaine des soins de santé. La qualité des soins aux patients continuera de dépendre des compétences des médecins qui les administrent et la montée de l’IA ne les reléguera pas nécessairement au rôle de second violon. L’IA confère au contraire encore plus d’importance à leurs qualités humaines d’empathie et de compassion.

Les prochaines décennies seront déterminantes – même les sceptiques reconnaissent que les possibilités de l’IA dépassent nettement ses risques éventuels. Plus la technologie gagnera en efficacité, en fiabilité et en rentabilité, plus elle pourra démocratiser les soins de santé à l’échelle planétaire, car des patients de partout, des régions rurales reculées aux pays du tiers-monde, auront accès à des diagnostics de qualité supérieure.

Cette vision peut paraître utopique et un peu tirée par les cheveux, comme certains romans de science-fiction de haute voltige, mais comme nous venons de le voir, la fiction est pratiquement en voie de devenir réalité sous nos yeux. Et pour de nombreux patients et les médecins qui les traitent, c’est très encourageant!

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