Entretien avec le Dr Ian Auld, médecin-chef des Flames de Calgary

February 27, 2019 Dr Ian Auld

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

Découvrez à quoi ressemble la vie d’un médecin travaillant dans l’univers du sport professionnel : à la clinique, à l’aréna et sur la route

Avez-vous toujours rêvé d’une carrière en médecine sportive?

Enfant, je n’avais pas vraiment de plan de carrière. Je ne songeais certainement pas à travailler en médecine sportive. Il est vrai cependant que j’ai toujours été un passionné de sport et que j’en ai pratiqué plusieurs : soccer d’assez haut niveau à l’adolescence, basketball à l’école secondaire et à l’université, et baseball au niveau provincial. J’ai aussi fait du cross-country et de la course sur piste, en plus de courir quelques marathons. Plus récemment, j’ai remporté quelques championnats canadiens de vélo de route et de montagne (niveau Maîtres). Comme bien des sportifs, j’ai subi des blessures en tous genres : entorses, déchirures musculaires, fractures, commotions cérébrales, etc.

Ces blessures ont-elles influé sur votre perception de la santé des sportifs?

Elles ont éveillé en moi un intérêt véritable pour la biomécanique, l’anatomie et la physiologie. Lorsque j’ai dû décider de mon avenir, la médecine s’est imposée tout naturellement. Comme j’ai souvent été blessé, j’éprouve une empathie naturelle pour les victimes de blessures, en particulier les athlètes. En rétrospective, j’étais probablement prédestiné à exercer cette profession : ma mère était infirmière et mon père, professeur d’éducation physique. Mon choix de carrière est en quelque sorte la fusion des leurs.

En quoi avez-vous étudié?

J’ai commencé par des études de premier cycle en kinésiologie à l’Université de Victoria. J’avais toujours eu de bons résultats scolaires, mais comme j’étudiais enfin dans un domaine qui me passionnait, mes notes ont subitement augmenté, ce qui m’a permis d’être admis à la faculté de médecine de l’UBC. Après ma résidence en médecine familiale à Calgary, j’ai passé l’examen de l’Académie canadienne de médecine du sport et de l’exercice et obtenu un diplôme en médecine sportive.

Le Dr Auld et son fils Evan à la Coupe du monde de hockey 2016, à Toronto.

Comment en êtes-vous venu à travailler pour des équipes sportives?

Le Dr Jim Thorne, fondateur d’une clinique de médecine sportive et familiale à Calgary (et médecin attitré de nombreuses équipes sportives amateurs et professionnelles de la région) m’a offert un poste qui allait avoir une influence déterminante sur ma carrière. Un de ses associés souhaitait quitter la clinique et il m’a demandé de prendre sa place. L’occasion était impossible à refuser : j’apprendrais « sur le tas » et je travaillerais dès le départ avec des équipes. C’est là que j’ai découvert ce qu’était une carrière en médecine sportive. J’ai commencé par travailler avec les Hitmen de Calgary (WHL) et, peu après, je suis devenu le médecin attitré des Cannons de Calgary (baseball AAA), des Roughnecks de Calgary (NLL) et des Stampeders de Calgary (LCF). J’ai ensuite eu la chance de travailler avec Hockey Canada et d’accompagner des équipes à de nombreuses compétitions internationales, dont le Championnat mondial masculin et le Championnat mondial junior de l’IIHF (l’équipe junior du Canada a d’ailleurs remporté l’or à quatre reprises lors de mes six participations au championnat mondial). Ce fut pour moi une promotion importante. J’ai ainsi développé de nombreuses relations significatives et eu l’occasion de voyager partout dans le monde.

Quel genre de spécialisation prépare le mieux à réussir une carrière dans l’univers du sport professionnel?

Je pense que la médecine familiale m’a très bien préparé à m’occuper d’équipes ici au pays et pendant leurs déplacements à l’étranger. Certains médecins d’équipes sportives ont d’abord travaillé comme urgentologues ou orthopédistes, mais la majorité des spécialistes de la médecine sportive sont des médecins de famille, ce qui me paraît sensé. En effet, contrairement à ce qu’on pourrait croire, je consacre peu de mon quotidien à soigner des blessures subies pendant les entraînements ou les matchs. Plus souvent, je traite des toux, des rhumes, des maux de tête, des gastroentérites, des irritations cutanées et des problèmes de santé mentale. Mes antécédents en médecine familiale me sont donc d’un très grand secours pour traiter tous les problèmes pour lesquels les joueurs me consultent.

Quelle est la nature de vos relations avec les joueurs (c'est-à-dire vos patients)?

Comme les joueurs sont mes patients, j’en suis venu à très bien les connaître avec le temps. Certains d’entre eux sont angoissés, d’autres plutôt décontractés. Certains ont besoin d’être poussés, tandis que d’autres ont tendance à se pousser au-delà de leurs limites. Il faut connaître chaque athlète personnellement : ses motivations, son rang dans la hiérarchie de l’équipe, voire sa situation contractuelle. Tous ces facteurs m’aident à tisser des liens, à communiquer avec eux et, au bout du compte, à les soigner au meilleur de mes capacités. Quelles sont leurs craintes, leurs attentes? Comment puis-je faire en sorte qu’ils se sentent compris et écoutés? La création de ce lien de confiance représente une grande partie de mon travail parce qu’en vérité, le vestiaire d’une équipe sportive peut être un environnement difficile (je le sais pour l’avoir vécu). J’essaie d’offrir aux athlètes un espace sûr où ils se sentiront à l’aise de me parler, de se délester de leurs préoccupations et de me faire part de leurs angoisses sans craindre que je ne dévoile le contenu de nos conversations.

Le Dr Auld et Max Domi au Championnat mondial junior de hockey 2015, à Toronto. 

Décrivez-nous une de vos journées.

Je suis le médecin attitré des Flames de Calgary depuis maintenant quatre ans et, au cours de cette période, j’ai acquis une compréhension intime du déroulement de chaque journée, de chaque mois et de chaque saison, ce qui me permet de planifier mes activités en fonction de celles de l’équipe. Lorsqu’elle joue à domicile, je travaille le matin dans ma clinique externe, je prends une pause dans l’après-midi, puis je me présente au Saddledome vers 17 h 30 à temps pour les préparatifs d’avant-match. Je réponds aux besoins des joueurs actifs, puis j’examine ceux qui ont été retirés de l’alignement en raison de blessures. Pendant le match, je reste à proximité du banc afin de pouvoir intervenir si la situation l’exige. En vertu de la politique de la Ligue nationale de hockey, le médecin de l’équipe hôtesse s’occupe de tous les athlètes. Si un joueur de l’équipe adverse se blesse, nous devons nous en occuper. Le lendemain d’un match, j’offre des consultations matinales à l’aréna pour évaluer les blessures subies la veille ou traiter tout nouveau problème, puis je me rends à ma clinique externe. Lorsque l’équipe est sur la route, ma journée est tout à fait différente. J’accompagne les joueurs de l’aéroport à l’hôtel et de l’hôtel à l’aréna, puis sur le chemin du retour. Ce ne sont pas toutes les équipes de la LNH qui se déplacent avec un médecin, comme le font les Flames. Ces interactions quotidiennes avec les joueurs me permettent de mieux les connaître, ce qui, à mon avis, est important.

Pourquoi est-il si important de tisser des liens avec les joueurs?

Je dois développer avec eux une relation qui inspire confiance et leur faire comprendre que leurs intérêts sont ma priorité absolue. Cette relation s’étend aussi aux membres de leur famille. En effet, lorsqu’un joueur est blessé, je communique parfois avec le conjoint ou les parents pour les informer de la situation. Avec le temps, j’ai fini par comprendre que les joueurs veulent être soignés par un médecin qu’ils connaissent et en qui ils ont confiance. Cela les rassure. En plus de mon rôle de médecin, il m’arrive aussi de jouer celui de conseiller, voire de confident.

Quelle est l’importance des soins en santé mentale pour les athlètes professionnels?

Je suis impressionné par l’importance que les équipes de sport professionnel accordent aujourd’hui à la santé mentale. Le milieu évolue en ce sens et c’est bien ainsi. Les athlètes professionnels éprouvent souvent des problèmes de santé mentale, ce qui tombe sous le sens compte tenu de la pression à laquelle ils sont exposés et au niveau d’angoisse et de stress qu’ils subissent. Pensons aux athlètes en fin de carrière. La transition est difficile pour eux. Ils doivent renoncer au seul univers qu’ils connaissent, celui qui a forgé leur identité depuis toujours. Il m’arrive de devoir aborder la difficile question de la retraite avec les joueurs. Heureusement, la LNH et l’AJLNH les préparent très bien à leur après-carrière. Un des avantages de travailler avec une équipe des ligues majeures est qu’elle bénéficie de ressources pratiquement illimitées. J’ai accès à certains des meilleurs spécialistes de toutes les disciplines partout en Amérique du Nord, des psychologues jusqu’aux neurochirurgiens. Au besoin, il est toujours possible d’obtenir l’opinion d’un expert.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune médecin qui aspire à une carrière en médecine sportive?

N’ayez pas peur de travailler auprès d’équipes de sport; c’est un excellent moyen de grandir comme spécialiste de la médecine sportive. Les possibilités sont nombreuses dans ce domaine, mais les jeunes médecins hésitent à s’engager, car ils connaissent mal ce parcours professionnel et éprouvent certaines craintes. Pourtant, il est possible d’obtenir énormément de soutien. À notre clinique (Group 23 Sports Medicine à Calgary), les médecins qui viennent de terminer leur résidence peuvent travailler immédiatement auprès d’équipes en compagnie de mentors chevronnés. Les jeunes médecins acquièrent ainsi une véritable connaissance de la médecine sportive au quotidien. Dans la vie, mon principe directeur a toujours été de faire ce que j’aimais. Je suis content d’aller au travail tous les matins. Je considère comme un privilège le simple fait d’être présent à l’aréna et de soigner certains des meilleurs athlètes du monde. Je ne me vois pas faire autre chose.

 

Dr Ian Auld

Le Dr Auld est né à Victoria, cadet et seul garçon d’une famille de trois enfants. Il a d’abord obtenu un baccalauréat en kinésiologie de l’Université de Victoria, puis a fait des études en médecine à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC). Après avoir obtenu son diplôme, il a déménagé à Calgary pour y faire sa résidence en médecine familiale, et il est devenu médecin de plein droit en 2001. Le Dr Auld travaille dans le domaine de la médecine sportive depuis 2002. Il a été le médecin attitré des Hitmen de Calgary (2002-2014), des Stampeders de Calgary (2013-2014) et des Roughnecks de Calgary (2002-2014), et médecin-chef de l’équipe nationale masculine de water-polo et de l’équipe nationale de ski alpin. Aujourd’hui, le Dr Auld est médecin-chef des Flames de Calgary. Marié et père d’Evan (12 ans) et de Carys (9 ans), il continue à ce jour de participer à des compétitions de vélo dans ses temps libres. Il a obtenu de nombreuses médailles nationales en vélo de route, en vélo de montagne et en cyclo-cross.


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