Un étudiant en médecine expert du ballon rond

November 8, 2018 Mario Kovacevic

Cet article a originalement été rédigé en anglais; son contenu et ses nuances pourraient ne pas être rendus parfaitement par la traduction.

Comment l’équipe de soccer du Canada a joué un rôle déterminant dans ma formation médicale

D’aussi longtemps que je me rappelle, j’ai toujours joué au soccer.

J’avais de bonnes notes au secondaire. Une fois mon DES en poche, j’ai poursuivi mes études tout en jouant au soccer – que ce soit pour l’Université de Toronto, pour l’équipe du Canada lors des Universiades, ou même comme réserviste pour le FC de Toronto ou pour l’équipe canadienne des moins de 23 ans.

Je m’étais prouvé à moi-même que je pouvais conjuguer sport et études. Par contre, je savais qu’il me serait impossible de maintenir la cadence une fois arrivé à la maîtrise, étant donné l’engagement accru qu’impliquaient des études de deuxième cycle. J’étais arrivé à une croisée des chemins. Si je souhaitais atteindre le niveau d’excellence auquel j’aspirais, je devais choisir entre mes deux passions. Ce que j’ai fait : le soccer est passé en second plan.

Mario et le FC de Toronto affrontant l’Impact de Montréal, lors d’un match de la Ligue de réserve de la MLS en 2012. Photo personnelle.

Après avoir obtenu ma maîtrise en ingénierie, j’ai travaillé dans un hôpital en application des connaissances, puis comme ingénieur pour un fabricant de logiciels. Je me suis toujours senti à l’aise dans le milieu des soins de santé. En fait, je songeais depuis le secondaire à me lancer en médecine, mais la concurrence me faisait hésiter. Le génie occupait lui aussi une place importante dans mon cœur, car je sentais que mon expérience dans ce domaine viendrait compléter ce que j’entreprendrais peut-être un jour en médecine et me permettrait de voir les choses sous un angle différent, unique. Si je ne voulais pas vivre avec des regrets, je devais tenter ma chance en médecine. J’ai donc présenté une demande d’admission… qui a été acceptée!

Mon parcours en médecine venait de commencer. J’étais loin de me douter qu’une des étapes les plus importantes de ce parcours serait marquée par mon autre passion : le soccer.

Un athlète arrive au sommet de sa forme vers 26 ou 27 ans. Après, c’est le déclin : lent, triste, inexorable. Les blessures se multiplient, le travail devient plus exigeant, la famille prend de plus en plus de place – bref, la vie se complexifie tandis que le temps, lui, se raréfie. Voilà pourquoi, lorsqu’un chirurgien orthopédique m’a parlé de l’équipe de soccer pour médecins canadiens pendant un stage en anesthésie au Cap-Breton, je n’ai pas hésité une minute. L’idée d’allier mes deux passions semblait trop belle pour être vraie. Mais cette équipe allait m’apporter bien plus que je ne l’aurais imaginé.

Mario en 2013, alors qu’il jouait pour les Varsity Blues de l’Université de Toronto. Photo tirée de la page VarsityBlues.ca.

Comme je n’ai pas grandi dans une famille de médecins, j’avais très peu de gens vers qui me tourner pour parler des tenants et aboutissants de mon nouveau domaine d’études. L’équipe de soccer du Canada, qui rassemblait des médecins expérimentés de toutes les provinces (et de toutes les spécialités), a donc joué un rôle déterminant dans ma formation médicale. Les connaissances spécialisées de mes coéquipiers m’intéressaient moins que les autres facettes de leur vie : la gestion du patrimoine, le côté politique de la médecine, la façon de réussir sa vie de famille, le curriculum caché, etc. Ces sujets sont rarement abordés en salle de classe.

Je me souviens avoir demandé conseil au DAbu Khalifa, urgentologue et coéquipier, alors que je vivais une journée particulièrement stressante pendant un de mes stages. « Bien sûr. Appelle-moi à 23 h, après le travail. » Je l’ai appelé. Pendant une demi-heure, nous avons discuté : je lui ai fait part de mes inquiétudes tandis qu’il m’a parlé de ses propres stages, ce qui m’a aidé à prendre du recul. Ce genre de mentorat n’a pas de prix pour un jeune médecin en début de carrière. Mes conversations avec mes coéquipiers ont aussi servi à humaniser les médecins que j’admirais. J’ai énormément appris en observant leur façon de gérer diverses situations, comme le succès, tant pendant qu’après les matchs.

Mario après avoir remporté le championnat 2018 de la League1 Ontario et s’être qualifié pour le championnat canadien 2019 contre le FC de Toronto, les Whitecaps de Vancouver et le Fury d’Ottawa. Photo tirée de la page Facebook de League1 Ontario.

Le gérant de notre équipe, le Dr Paul Dhillon, se charge en arrière-scène de tout le travail ingrat. Une fois bien intégré dans l’équipe, j’ai moi aussi commencé à y apporter ma contribution, notamment en organisant un camp d’entraînement, en aidant à recruter de nouveaux entraîneurs et en dénichant de nouveaux joueurs potentiels. J’ai mis à profit mes relations du monde du soccer, établies au fil des années, pour permettre à notre équipe de se démarquer. Aujourd’hui encore, je suis en contact avec mes coéquipiers, sur qui je tombe parfois dans les hôpitaux. Notre relation ne ressemble en rien à une amitié entre anciens collègues de classe. Affronter côte à côte un adversaire acharné sous l’impitoyable soleil mexicain, ça renforce un lien! Un lien spécial qui, curieusement, est difficile à rompre.

Hors du terrain, je comptais parmi les novices : encore aux études, j’apprenais mon métier. Mais pendant les matchs, j’étais calme et composé ­– un joueur expérimenté. Quelle étrange dichotomie! Une dichotomie qui perdure, car je suis toujours plus sûr de moi en chaussures à crampons. Toutefois, les conseils et les séances de mentorat que m’ont donnés mes coéquipiers auront servi à jeter une base solide sur laquelle construire ma carrière.

 

Mario Kovacevic est en dernière année de médecine à l’Université McMaster. Il joue encore au soccer pour l’équipe Vaughan Azzurri de la League1 Ontario, une ligue de division 3 créée par l’Association canadienne de soccer. Pendant ses temps libres, il dirige une entreprise de logiciels qui collabore avec U Sports pour fournir le classement des équipes sportives universitaires canadiennes.​

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