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Des liens qui mènent loin

Le confinement obligatoire d’une bonne partie de la population m’a amené récemment à réfléchir sur l’importance qu’ont eue sur mon parcours en médecine les liens tissés avec mes confrères et consœurs durant mes études, et avec mes professeurs et mentors. Issu de la Première Nation Métis de la Colombie-Britannique et partisan d’un système de santé favorisant l’intégration culturelle des autochtones, je constate que je dois aux gens remarquables qui ont croisé ma route bon nombre des occasions qui m’ont été données de jouer un rôle au sein de la communauté et d’apprendre.

La première année de mon baccalauréat, j’ai passé beaucoup de temps à la maison longue de l’Université de la Colombie-Britannique. Ce lieu de rencontre et d’étude est également un carrefour pour faciliter aux étudiants autochtones l’accès à des programmes et services et leur permettre de tisser des liens entre eux et avec la communauté. J’y ai justement rencontré Ryan Tomm, un autre étudiant autochtone, qui fait son doctorat en neuroscience cognitive humaine et qui m’a initié au monde de la recherche. C’est grâce à lui que j’ai décroché ma première bourse de recherche de premier cycle en milieu universitaire et mon premier emploi dans un laboratoire. Par la suite, il m’a aidé à devenir ambassadeur du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNG). Le Conseil m’a accordé une bourse pour faire la promotion des sciences et du génie dans les écoles secondaires et postsecondaires du Lower Mainland de la Colombie-Britannique. J’ai fait des présentations interactives et organisé des ateliers sur la façon de trouver des sujets de recherche, de faire la demande de financement et de mettre sur pied un dossier de candidature. En étant ambassadeur, j’ai pu aider des étudiants autochtones de l’Université de la Colombie-Britannique à décrocher des bourses pour mener leurs projets de recherche estivaux.

Ryan m’a également appris l’existence de l’atelier de préadmission de la faculté de médecine de l’Université de la Colombie-Britannique, organisé par James Andrew, directeur des initiatives pour les étudiants autochtones. C’est justement à cet atelier que j’ai rencontré une autre étudiante autochtone en médecine qui m’a beaucoup inspiré (depuis notre rencontre, elle est devenue médecin) : la Dre Ellie Parton. Nous avons gardé le contact après l’atelier, et c’est grâce à elle que je me suis impliqué dans un programme qui allait jouer un rôle important dans ma vie : le Dinner Program à la clinique Vancouver Native Health Society (VNH). Ce programme consiste en des soupers hebdomadaires, qui ont lieu dans les locaux de VNH situés dans l’est de la ville. L’objectif est d’offrir un repas santé à des jeunes dans un milieu sécuritaire et axé sur leurs besoins en plus de leur permettre de profiter des services de la clinique de VNH dans le local adjacent. La Dre Parton m’a présenté aux intervenants jeunesse qui m’ont accueilli chaleureusement. J’y suis donc resté pendant trois ans, et l’expertise que j’y ai acquise m’a donné des idées sur la façon de rendre le programme encore plus efficace. Quand j’ai été reçu à la faculté de médecine de l’Université de la Colombie-Britannique, je me suis fixé un objectif ambitieux : diriger ce programme avant ma deuxième année. Mes connaissances et ma compassion pour les jeunes autochtones en milieu urbain faisaient de moi le candidat idéal pour le poste.

Toutefois, je ne voulais pas simplement diriger le programme; je voulais remanier en profondeur la façon dont il était dirigé et, en fin de compte, trouver une façon de faire participer encore plus de jeunes. Pendant que j’étais à la tête du programme, nous avons développé des façons novatrices d’accroître la participation aux soupers en invitant les jeunes à choisir le menu de la semaine et en communiquant plus efficacement avec les intervenants jeunesse afin qu’ils puissent discuter directement avec les jeunes durant les soupers.

Ce ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres qui illustrent à quel point mon parcours a été influencé et soutenu par les gens que j’ai eu l’occasion de rencontrer. 

Les expériences remarquables que j’ai eu la chance de vivre durant mon premier cycle m’ont donné l’envie d’en faire autant pour d’autres étudiants autochtones.

Fort heureusement, comme je suis d’une nature généreuse, faire du mentorat auprès des gens et les motiver allait de soi.

C’est, une fois encore, grâce à James Andrew que j’ai pu trouver plusieurs occasions de continuer à aider les gens. Un jour, à la maison longue, il m’a présenté à Joel Liman, conseiller principal et recruteur auprès des étudiants autochtones à l’Université de la Colombie-Britannique. Ce dernier m’a donné la possibilité de perfectionner mes compétences en enseignement à titre de tuteur en biologie à la First Nations House of Learning et de responsable au Cedar Science Camp. Ce camp consiste en un programme éducatif novateur qui fait valoir les liens entre les sciences et les traditions culturelles des peuples autochtones. C’est aussi à peu près à cette époque que je servais de mentor à deux aspirants étudiants en médecine d’origine autochtone à l’Université de la Colombie-Britannique. Ils ont tous deux été acceptés à la faculté de médecine en 2019. J’ai particulièrement aimé les guider dans le processus, de la demande d’admission à l’examen MCAT, et répondre à leurs questions sur la vie d’étudiant en médecine.

Ce fut un moment décisif pour moi. À l’époque, je ne me considérais pas comme un leader, mais Joel a vu en moi quelque chose dont je ne soupçonnais pas l’existence, et il a soumis ma candidature pour un prix de leadership de l’Université de la Colombie-Britannique. Pour être franc, je ne croyais pas gagner, mais j’ai été l’un des trois étudiants à recevoir ce prix en 2017. Être ainsi récompensé m’a obligé à réfléchir à mon parcours; tout a commencé avec Ryan, puis James et Ellie ont pris la relève et maintenant Joel. Toutes ces personnes ont joué un rôle clé pour m’aider à devenir le leader que j’ignorais être. Leur mentorat et leur soutien sont à l’origine des qualités de leader que j’ai développées. 

Ils ont tous joué un rôle de premier plan dans la réalisation de mes objectifs. Récemment, j’ai été appelé à participer à un nouveau projet de recherche dont le but estd’amener des améliorations concrètes dans les soins d'urgence offerts aux communautés Nuu-chah-nulth sur la côte ouest de l'Île de Vancouver. J’ai très hâte de travailler à ce projet, non seulement parce que je pourrai apprendre à connaître d’autres communautés en Colombie-Britannique et acquérir une plus grande expérience en soins de santé auprès des communautés autochtones, mais aussi parce que je pourrai tisser de nouveaux liens qui auront certainement une influence sur ma carrière.

On ne saurait sous-estimer l’importance d’entretenir des liens avec les autres. Ne serait-ce que souligner le travail des gens qui vous ont aidé et les remercier peut avoir des répercussions importantes sur votre éducation, les possibilités qui s’offrent à vous et votre carrière. 

Je crois qu’il importe de prendre du recul pour apprécier tout le trajet parcouru et la façon dont on y est arrivé, et d’être reconnaissant pour les gens dont on a eu la chance de croiser la route.

À titre de Métis étudiant en médecine, je suis fier de mes accomplissements et de ma contribution dans ma communauté. Je n’aurais jamais pu réussir sans les liens personnel et professionnel inestimables que j’ai tissés. Ryan, la Dre Parton, James Andrew et Joel Liman sont loin d’être les seules personnes qui m’ont aidé. J’espère pouvoir en faire autant pour les autres et ainsi accroître le nombre de médecins autochtones au Canada qui joueront un rôle de premier plan au sein des communautés autochtones et y seront des acteurs de changement.

 

 

Nolan Chem

Nolan Chem étudie en médecine à l’Université de la Colombie-Britannique (promotion 2022) et souhaite jouer un rôle de premier plan dans les soins de santé aux Premières Nations. En 2017, Nolan a reçu le prix du leadership Edward JC Hossie de la part du Dr Santa Ono, président de l’Université de la Colombie-Britannique, et, en 2020, le prix du leadership décerné conjointement par la Fédération des étudiants et des étudiantes en médecine du Canada (FEMC) et Gestion financière MD. Ce prix récompense son engagement exceptionnel envers les communautés autochtones, les jeunes et les étudiants. Ses prochains objectifs consistent à continuer à inspirer les étudiants autochtones, à leur servir de mentor et à les renseigner dans le but d’accroître le nombre de médecins autochtones au Canada.